Le 5 septembre 2012, en fin d'après-midi, un drame insoutenable se joue sur une route forestière isolée, sur les hauteurs du lac d'Annecy, non loin du hameau de Chevaline. Un père, une mère et une grand-mère, tous membres d'une même famille britannique en vacances, sont abattus dans leur voiture par un inconnu. Un cycliste de passage, Sylvain Mollier, est également tué. Les deux fillettes du couple, âgées de 7 et 4 ans, survivent miraculeusement : l'aînée est touchée à l'épaule et rouée de coups de crosse, la cadette reste prostrée sous les jambes des victimes.
Une violence inouïe et une enquête tentaculaire
Chaque victime a reçu entre trois et six balles, toutes ont été achevées d'une balle dans la tête à très courte portée. L'arme utilisée est un pistolet semi-automatique de marque norvégienne, modèle datant de plusieurs décennies. Selon le journaliste Clément Lacombe, qui a suivi l'affaire pour Le Journal du Dimanche, « la scène de crime est d'une violence méthodique qui a glacé les enquêteurs ». L'enquête a épluché des centaines de pistes, de la vengeance familiale aux hypothèses industrielles en passant par des liens avec des affaires de moeurs. Mais aucune n'a abouti.
Le dossier confié au pôle cold case de Nanterre
Depuis quatre ans, l'affaire a rejoint les étagères du pôle « cold case » du tribunal judiciaire de Nanterre. Créé en 2022, ce service spécialisé regroupe des magistrats et enquêteurs dédiés aux « vieilles affaires » qui ont résisté aux investigations classiques. « La tuerie de Chevaline est la quintessence du mystère judiciaire », explique un enquêteur proche du dossier. « Chaque fois qu'on croit tenir quelque chose, une porte se referme. » Aujourd'hui, une seule piste reste ouverte, mais son contenu est tenu secret pour ne pas compromettre les investigations en cours.
Les zones d'ombre persistent
Malgré quatorze années d'efforts, l'identité du tireur demeure inconnue. Les analyses balistiques, les relevés ADN et les témoignages n'ont pas permis d'identifier un suspect unique. L'hypothèse privilégiée par les enquêteurs serait celle d'un passage à l'acte prémédité, mais le mobile reste flou. La petite communauté de Chevaline, qui vit au rythme des saisons touristiques et des randonneurs, n'a jamais pu tourner la page. Les proches des victimes, eux, espèrent que le pôle cold case apportera enfin des réponses.
L'affaire a également suscité une vive attention médiatique, alimentée par les zones d'ombre et les retournements de piste. Certains y voient un « fait divers maudit » qui hante la région. Mais les magistrats de Nanterre restent confiants : « Ce dossier n'est pas classé, il est simplement en sommeil », affirme une source judiciaire. « Les techniques d'enquête progressent, et nous avons désormais les moyens de rouvrir des pistes qui semblaient condamnées. »
Un espoir pour les familles
Pour les familles des victimes, chaque avancée est un pas vers la vérité. « Nous ne lâcherons rien », déclare le frère de Sylvain Mollier, le cycliste tué. « Il faut que justice soit faite, pour ces quatre personnes et pour les deux petites filles qui ont survécu. » Le pôle cold case prévoit de nouvelles auditions et analyses génétiques dans les mois à venir, avec l'espoir que le silence de la forêt finisse par livrer ses secrets.



