Marine Péquignot et Samir Manaa, deux proches de Radouane Lakdim, sont renvoyés à partir de ce lundi 14 septembre 2026 devant la cour d’assises spécialement composée de Paris pour « association de malfaiteurs terroriste » dans le cadre du procès en appel des attentats de Trèbes et Carcassonne. Ces attaques, commises le 23 mars 2018 par Radouane Lakdim, se réclamant de l’État islamique, avaient coûté la vie à Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna et Arnaud Beltrame. Le terroriste avait été tué lors de l’assaut des forces de l’ordre.
Un procès en appel centré sur la notion d’association de malfaiteurs terroriste
Ce procès en appel, difficile à entendre pour les victimes et leurs familles, sera encore une fois une affaire de limites quand la peine et la douleur n’en ont pas. La question centrale est de savoir à partir de quel moment on bascule dans la participation à une entreprise terroriste, où se trouve la frontière, et jusqu’où la qualification d’association de malfaiteurs terroriste (AMT) peut s’étendre quand il n’y a ni auteur ni complice. Cette infraction, qui n’a cessé de s’étoffer au fil des ans mais aussi de faire polémique, avait été au cœur du procès en février 2024.
Le verdict rendu à Paris par la cour d’assises spécialement composée lui avait mis un coup d’arrêt. Quatre des cinq accusés renvoyés pour « association de malfaiteurs terroriste » avaient en effet été acquittés pour ce crime, passible de trente ans de réclusion. Le trafiquant qui se servait de Radouane Lakdim dans son réseau de trafic de stupéfiants, en connaissance de sa radicalité, n’avait pas été jugé suffisamment impliqué. Le beau-frère qui avait nettoyé en catastrophe l’appartement du terroriste non plus. Celui qui avait accompagné Lakdim chez l’armurier pour acheter le couteau qui égorgera quelques jours plus tard le colonel Beltrame n’avait pas non plus été retenu pour l’AMT. « L’ami » des réseaux sociaux, où entre radicalisés on discutait pour savoir comment s’en prendre aux « mécréants », pas davantage.
Marine Péquignot, une radicalisation précoce
De sept en première instance, ils sont aujourd’hui trois accusés à être jugés en appel. Dont deux, Marine Péquignot et Samir Manaa, à la suite de l’appel du parquet national antiterroriste. La jeune femme, aujourd’hui âgée de 26 ans, avait 14 ans quand elle s’est amourachée de Radouane Lakdim, alors âgé de 21 ans. Elle avait épousé avec lui un islam radical et un univers djihadiste, au point d’être fascinée par sa personnalité. Elle avait intégré les réseaux islamistes et partagé des contenus issus de la propagande de l’État islamique, comme des images de décapitations.
« À l’époque, je ne pensais qu’à Lakdim. Je ne suis plus la même personne qu’à 18 ans. Aujourd’hui j’en ai très honte », avait-elle confié au procès en janvier 2024. Lors de celui-ci, les travailleurs sociaux qui la suivaient dans le cadre du dispositif Pairs (programme d’accompagnement individualisé et de réaffiliation sociale), un suivi en milieu ouvert de personnes radicalisées, avaient expliqué qu’elle était désormais « déradicalisée ». À l’annonce de l’appel, ses avocats, Alexandra Boret et Benjamin Bohbot, avaient trouvé cette décision « vaine et cruelle, mais elle ne nous surprend pas au regard de toutes les contre-vérités développées par le parquet durant les cinq semaines d’audience ».
Samir Manaa, l’ami qui avait accompagné Lakdim à l’armurerie
En janvier 2024, Samir Manaa avait été décrit comme l’un des amis les plus proches de Radouane Lakdim, sans toutefois partager son idéologie djihadiste. La question était de savoir s’il en savait suffisamment sur la radicalisation de Lakdim pour que son geste puisse être considéré comme une association de malfaiteurs terroriste. L’accusation avait répondu par l’affirmative, l’avocate générale évoquant un « mauvais choix aux conséquences tragiques ». Le 6 mars 2018, 17 jours avant les attentats, Manaa avait accompagné Lakdim dans un magasin de chasse et de pêche à Carcassonne pour acheter un couteau de chasse, l’arme qui sera utilisée le 23 mars contre Arnaud Beltrame.
Samir Manaa avait expliqué qu’il avait accompagné son ami sans connaître son intention terroriste, considérant l’achat de ce couteau comme une démarche banale et ne pouvant pas imaginer que Lakdim allait, quelques jours plus tard, commettre un attentat. Ce procès en appel consistera donc à déterminer si cette ex-petite amie et cet ami d’enfance étaient au courant des projets de Radouane Lakdim.
Les Reda El Yaakoubi, Ahmed Arfaoui, Samir Manaa et Sofian Boudebbouza seront condamnés pour des délits connexes (détention d’armes, soustraction de preuves, provocation à un acte de terrorisme). Pour les deux premiers, le parquet national antiterroriste avait requis une requalification en simple association de malfaiteurs de droit commun relative à un trafic de drogue, que le tribunal n’avait pas suivie. Ces deux accusés avaient été renvoyés devant la cour d’assises pour terrorisme par les juges d’instruction, mais le ministère public n’était déjà pas allé dans ce sens.
Les parties civiles entre perplexité et attentes
« L’infraction d’association de malfaiteurs terroriste implique quand même des actes matériels au soutien d’un projet terroriste », avait rappelé le président de la cour d’assises spéciale, Laurent Raviot, lors de l’énoncé du verdict. « S’il n’y a pas d’acte matériel, même en cas de complaisance vis-à-vis du terroriste, on ne peut pas retenir cette infraction. Beaucoup de gens dans cette affaire ont manifesté une grande complaisance vis-à-vis du terroriste. À défaut d’une responsabilité pénale, ils ont une grande responsabilité morale. Je les laisse à leur conscience… »
Une décision qui avait plongé les parties civiles dans un abîme de perplexité, comme le rappelle Me Franck Alberti, l’avocat carcassonnais de Renato Gomez de Souza, blessé d’une balle dans la tête, et de la famille de Christian Medves, abattu au Super U. Seule Marine Péquignot, l’ex-petite amie de Radouane Lakdim, 14 ans à l’époque, qui s’était radicalisée à son contact, avait été reconnue coupable « d’association de malfaiteurs terroriste ». Elle avait été condamnée à cinq ans de prison dont deux ans avec sursis, en deçà toutefois des 11 ans réclamés par le parquet national antiterroriste, qui a donc fait appel.
Samir Manaa, condamné en première instance à trois ans de prison pour un simple délit, une détention d’armes sans lien avec les attentats, alors que le Pnat avait requis dix ans de réclusion criminelle pour « association de malfaiteurs terroriste », sera également rejugé. Les deux se retrouvent donc ce lundi 14 septembre 2026, à Paris, au Palais de justice de l’île de la Cité, pour ce procès en appel. Un autre accusé, Baghdad H., l’ami qui n’avait pas dénoncé l’assaillant selon l’accusation, a lui fait appel de sa condamnation à trois ans de prison dont deux avec sursis. Il sera rejugé lui aussi à partir de ce lundi.



