Il y a dix jours, le 19 avril, un homme de 65 ans a tiré à proximité d’enfants qui jouaient au ballon à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire. Si, heureusement, aucun mineur n’a été blessé, l’un d’eux, âgé de dix ans, a rapporté qu’il avait été visé par le sexagénaire armé et avait fait l’objet d’injures racistes. Selon son témoignage, l’homme lui aurait notamment crié : « Dehors, sales nègres et sales arabes ».
Une enquête en deux temps
Une enquête a immédiatement été ouverte pour violences avec armes par le parquet du Puy-en-Velay. Une seconde enquête pour injures racistes a été ouverte dans un second temps, sous la pression des parents et des associations. Car dans ce dossier, qui a pris une tournure politique, les policiers sont accusés d’avoir minimisé l’aspect raciste.
Quelle est la version du retraité ?
Interpellé peu après les faits, le sexagénaire nie avoir mis en joue les enfants et admet seulement avoir « tiré en l’air » après avoir été traité de « sale blanc », selon la police. À l’issue de sa garde à vue, lundi, le sexagénaire a été renvoyé devant la justice pour répondre de « violences avec arme ». Il sera jugé le 7 juillet au Puy-en-Velay.
Dans un premier temps, l’aspect raciste n’a pas été retenu par l’autorité judiciaire. Le père de l’enfant directement visé assure pourtant qu’il a rapporté les propos racistes dès son premier dépôt de plainte. Plusieurs riverains rapportent aussi de précédents propos racistes de ce même individu, avec une vidéo à l’appui dans laquelle l’intéressé assume être raciste.
Le caractère raciste a-t-il été minimisé ?
Mercredi 22 avril, SOS Racisme indique dans un communiqué avoir échangé avec le parquet auprès duquel il a dénoncé « ce qui nous apparaissait comme une minoration des faits allégués ». Selon l’association, à la suite de cette intervention, le commissariat a recontacté le père de l’enfant « afin qu’un complément de plainte puisse être réalisé ».
Le parquet a ouvert une seconde enquête mercredi, cette fois pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ». Des recueils de témoignages auprès d’habitants du quartier ont notamment été mentionnés par le procureur. Un rassemblement a eu lieu le 25 avril pour dénoncer le racisme de cet acte. Le procureur constate que les premières « auditions signées ne font effectivement pas état de propos à caractère raciste » mais assure « faire le point pour identifier si les propos du père et/ou du fils ont pu ne pas être mentionnés » dans les PV dressés au commissariat.
Une tournure politique à l’Assemblée
Plusieurs élus de gauche ont réagi sur X, dénonçant « une véritable chasse à l’enfant de couleur ». Et mardi, lors des questions au gouvernement, Antoine Léaument, député LFI, a estimé que « cette affaire devrait choquer la France entière. Ce sont des enfants ».
L’individu « dit qu’il est fier d’être raciste. Mais au moment de la première procédure, ces faits n’ont pas été portés à connaissance », a répondu le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, estimant que ces propos « sont évidemment très condamnables ».
La vidéo qui a été diffusée, « où on le voit tenir ces propos ignobles, on a de bonnes raisons de penser qu’elle a été tournée au même endroit que l’usage initial de l’arme. Et donc, évidemment qu’il va y avoir des poursuites », a-t-il assuré. Depuis, le bailleur social a trouvé un autre logement au sexagénaire, à la campagne et à proximité du Puy-en-Velay.



