Tahiti : 29 ans après, la juge clôt l'enquête sur la disparition du journaliste JPK
Tahiti : clôture de l'enquête sur la disparition du journaliste JPK

Vingt-neuf ans après la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud, dit JPK, à Tahiti, la juge d'instruction en charge du dossier a clos ses investigations. Opposant notoire à Gaston Flosse, alors président de la Polynésie française, JPK s'est volatilisé le 27 août 1997. La magistrate n'a pas mis en examen de suspects, laissant la famille et les proches dans l'attente d'éventuelles suites judiciaires.

Une disparition dans un contexte politique tendu

Jean-Pascal Couraud, âgé de 47 ans au moment des faits, était un journaliste d'investigation connu pour ses critiques acerbes envers Gaston Flosse, figure politique majeure de la Polynésie française. Il dirigeait le mensuel Les Nouvelles de Tahiti et enquêtait sur des affaires de corruption présumée impliquant l'entourage de Flosse. Le 27 août 1997, il quitte son domicile de Papeete pour un rendez-vous professionnel et ne donne plus jamais signe de vie. Son véhicule est retrouvé quelques jours plus tard, abandonné sur le bord d'une route, sans trace de violence.

L'enquête initiale, menée par la gendarmerie, n'avait pas permis de retrouver le corps du journaliste ni d'identifier de suspects. L'affaire avait été classée sans suite en 1998, suscitant l'indignation des organisations de défense de la liberté de la presse. En 2016, une information judiciaire avait été ouverte à Paris, confiée à une juge d'instruction du pôle de l'instruction spécialisé dans les affaires criminelles non élucidées.

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Les investigations de la juge et les espoirs déçus

La juge d'instruction a mené des auditions et des expertises pendant plusieurs années, notamment en se rendant à Tahiti pour entendre des témoins. Selon une source proche du dossier, elle a examiné des éléments liés à des menaces proférées à l'encontre de JPK avant sa disparition, ainsi que des témoignages évoquant des liens entre des proches de Gaston Flosse et des milieux criminels. Cependant, la magistrate a conclu que les preuves recueillies étaient insuffisantes pour ordonner des mises en examen.

« La juge a décidé de clore ses investigations sans poursuivre, faute d'éléments suffisants pour caractériser un crime ou identifier des auteurs », a déclaré l'avocat de la famille de JPK, Me Jean-Pierre Dumas, joint par Le Monde. « C'est une immense déception pour la famille, qui espérait enfin connaître la vérité après près de trois décennies. » La famille de JPK a annoncé son intention de déposer une demande de réouverture de l'enquête si de nouveaux éléments venaient à apparaître.

Un impact durable sur la liberté de la presse en Polynésie

La disparition de JPK a marqué un tournant dans le paysage médiatique polynésien. Selon Reporters sans frontières (RSF), l'affaire a contribué à un climat de méfiance et d'autocensure parmi les journalistes locaux. « La disparition de Jean-Pascal Couraud reste un symbole des menaces qui pèsent sur les journalistes d'investigation dans les territoires d'outre-mer », a déclaré un représentant de RSF. L'organisation a appelé à ce que l'enquête ne soit pas définitivement close et à ce que les autorités françaises continuent de rechercher activement la vérité.

Gaston Flosse, décédé en 2023, a toujours nié toute implication dans la disparition du journaliste. Aucune charge n'a jamais été retenue contre lui dans ce dossier. La clôture de l'enquête par la juge d'instruction met fin, pour l'instant, aux espoirs de la famille de JPK de voir un jour ses responsables jugés. La prochaine étape pourrait être un éventuel pourvoi en cassation ou une demande de réouverture de l'enquête sur la base de nouveaux éléments.

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