Stupeur à Toulon après la mise en examen d'une famille pour traite d'êtres humains
Stupeur à Toulon : une famille mise en examen pour traite d'êtres humains

Une affaire glaçante dans le quartier Claret

Le mois dernier, à Toulon, plusieurs membres d'une même famille ont été mis en examen pour séquestration, violences et traite d'êtres humains. L'enquête porte sur des faits qui auraient débuté en 2011 et qui impliqueraient près d'une dizaine de victimes. Deux personnes sont toujours portées disparues : Jacques Pakeso, disparu depuis 2022, et Mike Gineste, un légionnaire disparu depuis 2023.

Au bar du quartier, les tasses de café s'entrechoquent dans une atmosphère légère. Sous le soleil matinal, les habitués discutent tranquillement en terrasse, loin d'imaginer que, quelques mètres plus haut, derrière les fenêtres du septième étage d'un immeuble du quartier Claret, à Toulon, s'est joué un huis clos glaçant. À cette adresse, les souvenirs restent flous. Lorsqu'on interroge les habitants sur les anciens occupants de l'appartement, les réponses se font prudentes, parfois hésitantes.

Des voisins discrets mais inquiétants

Une voisine finit par rompre le silence. « C'étaient des gens gentils », glisse-t-elle avec précaution. « Polis », ajoute-t-elle encore, évoquant des personnes « qui présentaient bien » et qui avaient occupé les lieux « pendant environ cinq ans ». Cette retraitée, installée dans l'immeuble depuis des années, connaît bien l'appartement. Elle s'y est rendue avant l'arrivée de la famille. « C'est un T4 organisé autour d'un vaste salon, avec d'anciennes chambres de bonnes réhabilitées. Une petite tour, aménagée en chambre, complète le logement », décrit-elle. Mais lorsqu'il s'agit d'en dire davantage sur ses anciens voisins, elle préfère s'effacer.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Quelques mètres plus loin, une autre habitante livre un témoignage dont le contraste est saisissant. En quelques minutes, l'image d'une famille discrète et courtoise vole en éclats. D'une voix encore tremblante, elle raconte les nombreuses tensions provoquées par ceux qui sont aujourd'hui mis en examen pour traite d'êtres humains en bande organisée, violences et séquestrations. « Ils nous ont fait vivre l'enfer. Ils ont fait énormément de mal à la copropriété », affirme-t-elle.

Un « poison » pour le quartier

Elle décrit des locataires qui accumulaient les impayés de loyer « depuis plusieurs années » et dont le comportement pouvait rapidement devenir agressif. « Lorsque la propriétaire les a finalement expulsés, au mois d'octobre, ils sont revenus plusieurs fois avec des pieds-de-biche pour tenter de forcer la porte. Ils disaient qu'ils avaient des papiers à récupérer. Ils ont aussi cassé les boîtes aux lettres. » Encore marquée par la peur, elle se souvient de son dernier échange avec eux : « Cet hiver, quand je les ai revus, je suis descendue leur demander des comptes. Le père a failli me frapper. C'est son fils qui lui a retenu le bras. J'ai dû aller me réfugier chez une amie, j'ai rasé les murs en sortant… »

La riveraine décrit également les allées et venues, incessantes : « Il y avait un va-et-vient permanent. On voyait régulièrement des personnes qu'on ne connaissait pas arriver avec des cartons et aller dans l'appartement. Ça montait, ça descendait, ça montait, ça descendait. Ce n'étaient jamais les mêmes. »

Des preuves accablantes lors de la perquisition

Lors de la perquisition, les enquêteurs ont découvert de nombreux effets personnels appartenant à différentes victimes : passeports, permis de conduire, cartes bancaires, ainsi que des chéquiers et divers documents administratifs, dont ceux de Mike Gineste. Aujourd'hui, l'appartement est vide. « Ça fait un moment qu'on ne les voit plus. On respire à nouveau », constate la voisine. Les voitures de la famille sont toujours stationnées au pied de l'immeuble. Dans l'une d'elles, on distingue une bible, posée sur le tableau de bord.

« On savait qu'il y avait quelque chose de louche, mais pas quoi. Cette famille était un poison pour le quartier. La mère dégageait quelque chose de mauvais… une véritable noirceur. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le rôle central de la mère

Au sein même du foyer, la peur inspirée par la mère apparaît omniprésente. Lors de son audition, l'un des fils met directement en cause son frère dans la mort de Jacques Pakeso, affirmant que celui-ci aurait agi sous les ordres de leur mère. « Elle avait la haine dans les yeux, elle disait qu'il fallait qu'on s'en débarrasse », rapporte-t-il. Le fils décrit ensuite la scène, d'une extrême violence, ayant conduit au décès de la victime, évoquant un étranglement suivi d'une fracture du cou : « J'ai vu qu'il s'étouffait, puis il y a eu le craquement. »

Après avoir chargé le corps dans le coffre d'un véhicule, puis l'avoir abandonné dans un ravin dans les Bouches-du-Rhône, la mère aurait ordonné à son fils de garder le silence. « J'avais peur qu'elle me tue », confie-t-il encore, avant d'ajouter qu'elle serait également à l'origine de l'assassinat de Mike Gineste.

Le souvenir des victimes

Sur l'avis de recherche diffusé après sa disparition, Jacques Pakeso est décrit comme un jeune homme « sociable », qui « aimait la vie nocturne de Toulon ». Habitué de plusieurs établissements du centre-ville, il fréquentait notamment le El Paso, un bar de la place de l'Équerre, près du port, réputé pour ses soirées à l'ambiance festive, notamment les « bringues tahitiennes ». Derrière le comptoir, son visage est encore familier. Les membres de l'équipe gardent le souvenir d'un jeune homme « gentil », « un bon vivant », toujours venu pour profiter de la soirée sans jamais créer le moindre incident.

« On espère qu'il ne lui est rien arrivé. C'était un garçon très sympathique, qui n'a jamais posé problème », confie l'un d'eux. Le ton change toutefois lorsqu'il est question des membres de la famille aujourd'hui mise en cause. Eux n'ont plus le droit de franchir la porte de l'établissement. « Nous avons eu trop de problèmes avec eux. Un jour, la femme a agressé l'un des serveurs. À partir de là, nous avons décidé de leur interdire l'accès. »