Une Sétoise otage d'un conflit foncier aux Grenadines
Sétoise bloquée 4 mois aux Grenadines

Lou Le Sommer, une navigatrice sétoise de 28 ans, est bloquée depuis quatre mois sur une aire de carénage à Carriacou, aux îles Grenadines, en raison d'un conflit foncier qui l'empêche de remettre son voilier à l'eau. Malgré ses démarches auprès des autorités locales et françaises, la situation reste inchangée, et elle lance un appel de détresse.

Une navigation interrompue par un grillage

Lou Le Sommer vit sur la mer des Caraïbes depuis qu'elle a 19 ans, initiée à la navigation par son père. Après une première traversée de l'Atlantique jusqu'à La Barbade avec un duo de Danois, elle achète son premier bateau, un voilier de 9 mètres nommé Wadi Rhum, avec lequel elle a relié le Golfe de Gascogne, le Cap Vert, la Barbade et la Martinique. Pour subvenir à ses besoins, elle enchaîne les petits boulots dans la restauration et la couture maritime.

Il y a deux ans, elle découvre le port de Carriacou, la plus grande île des Grenadines, réputée pour être l'une des plus belles des Antilles. Son aire de carénage abordable est un atout précieux pour les voileux au long cours. Mais en 2024, le cyclone Beryl, avec des vents à 270 km/h, détruit son bateau, sa maison. La solidarité joue alors à plein sur l'île anglophone : Lou Le Sommer aide les pêcheurs et sa communauté à se relever, et un couple lui fait don d'une coque endommagée, le Malumau, un monocoque rose de 10 mètres réparable.

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Après deux ans de travaux, elle avait remis son voilier à l'eau. Mais le 24 avril 2026, alors qu'elle s'apprête à quitter l'île, un grillage de 2 mètres de haut coupe l'aire de carénage en deux, empêchant la grue d'atteindre la darse et donc de remettre les bateaux à l'eau. « Le grillage fait une sorte d'îlot au milieu de la marina et nous ne pouvons plus sortir les bateaux. Il n'y a plus d'accès à la route non plus, ça fait quatre mois que nous sommes enfermés », raconte Lou Le Sommer, désespérée, comme neuf autres propriétaires de navires coincés, dont quatre Français.

Un imbroglio foncier qui dure depuis 2014

Les marins se retrouvent au cœur d'un litige pour la propriété de 7 acres de terre entre une famille très puissante de l'île, les Corion, la marina de Tyrell Bay, et le gouvernement de la Grenade, en suspens devant la cour suprême d'Angleterre depuis 2014. « Au départ, la marina m'a dit de ne pas m'inquiéter, mais 10 jours après ils nous envoyaient un mail pour dire que la barrière était illégale, et qu'une procédure d'injonction était lancée pour la faire retirer », explique Lou Le Sommer.

Les semaines passent et rien ne bouge. Les Corion ne répondent pas aux demandes de conciliation des propriétaires de bateaux. Ils ont sollicité à plusieurs reprises l'intervention de la police, des autorités gouvernementales, administratives, des représentants diplomatiques, en vain. Le 17 juin, le juge civil a rejeté leur demande, renvoyant au dossier déjà ouvert devant la cour suprême.

En 2013, Carriacou Devcor Ltd (CDC), promoteur du projet de marina de Tyrell Bay, a obtenu l'autorisation gouvernementale de louer environ 7 acres de mangrove adjacente pour son extension. Les héritiers de Samuel Corion ont contesté dès 2014 ce bail en justice, affirmant que le terrain donné à Samuel Corion en 1914 fait partie de son patrimoine. Après des années de procédure, le Comité judiciaire du Conseil privé a statué le 17 janvier 2023 que la succession de Samuel Corion détenait le titre de propriété du terrain litigieux, sans toutefois se prononcer sur la question distincte d'usufruit. Une procédure distincte est en cours devant la Haute Cour pour déterminer les droits légaux de possession et d'exploitation du port de plaisance.

Un appel de détresse sans réponse

La marina a décidé de faire appel et une audience au civil est fixée au 7 octobre prochain. Lou Le Sommer a demandé de l'aide à l'Ambassade de France sur place. « On nous a juste donné un nom d'avocat mais hors de prix, mais aucun soutien juridique, ni traducteur, on ne sent pas le soutien de notre pays pour nous faire libérer. Nous ne sommes pas responsables de tout ça, nous avons enfreint aucune loi, mais on se sent abandonnés », confie-t-elle, confrontée à des démarches judiciaires tout en anglais, très coûteuses (15 000 € pour lancer une injonction).

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Les naufragés judiciaires ont fait appel à la presse locale pour tenter de trouver une solution pour ces victimes collatérales d'une bataille foncière de succession. « Ça fait quatre mois je vis sur un chantier, où les services d'urgence n'ont aucun accès ! J'ai perdu une promesse d'embauche en Martinique. Et je ne peux pas travailler ici, je n'ai pas de passeport local. Nous, on n'a rien à voir avec le conflit, on demande juste qu'ils nous laissent sortir ! »

En dernier recours, les navigateurs ont porté plainte contre les Corion devant le procureur de la République de Grenade pour « emprisonnement », « dépossession de navires » et « dommage ». Une audience devant un tribunal pénal est prévue le 21 septembre.