Record historique : 88.829 détenus dans les prisons françaises au 1er juin
Record de 88.829 détenus dans les prisons françaises

Les prisons françaises comptaient 88.829 détenus au 1er juin, établissant un nouveau record dans un contexte de surpopulation carcérale chronique, selon les statistiques officielles du ministère de la Justice consultées mercredi par l’AFP. Cela représente une augmentation de près de 4.400 détenus sur un an, soit une hausse de 5,2 %.

Des conditions de détention dégradées

Alors que le nombre de places opérationnelles était au 1er juin de 63.237 (+ 1,1 % sur un an), le nombre de matelas posés au sol, faute de lits, s’est établi à 7.608, en hausse de 32,1 % par rapport au 1er juin 2024. La densité carcérale atteignait 173,2 % dans les maisons d’arrêt, où sont détenues les personnes condamnées à de courtes peines ou celles en attente de jugement, donc présumées innocentes. Le taux de suroccupation globale était de 140,5 % au 1er juin.

Surveillants et directeurs de prison alertent sans relâche sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion. Dans son dernier rapport annuel, publié fin mai, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, a dénoncé une « catastrophe pénitentiaire ». Flavie Rault, secrétaire générale du syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP-CFDT), déclare à l’AFP : « Les conséquences au quotidien sont extrêmement problématiques parce qu’en réalité, toute surpopulation implique l’incapacité des personnels pénitentiaires à faire correctement leur travail, à prendre en charge les personnes qui leur sont confiées. »

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Des conséquences sur la sécurité et la réinsertion

Rault ajoute : « Ça signifie qu’il y a des problèmes en termes de sécurité au quotidien d’une part, mais aussi en termes de prise en charge pour assurer la réinsertion de ces personnes, travailler avec elles sur les évolutions qui sont attendues d’une personne qui a commis un crime ou un délit. »

L’Europe et l’ONU s’inquiètent

La France figure parmi les très mauvais élèves de l’Europe en matière de densité carcérale, seules la Slovénie et Chypre faisant pire avec des populations de prisonniers pourtant bien inférieures. Fin janvier, le Conseil de l’Europe avait dénoncé l’état des prisons françaises, alertant dans un rapport sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ». Surpopulation, insalubrité et violences y sont particulièrement pointées du doigt.

Fin mai, c’est le Sous-Comité de l’ONU pour la prévention de la torture (SPT) qui a alerté sur la « grave » surpopulation carcérale en France, qui « porte atteinte aux droits fondamentaux des détenus » et « pourrait constituer un traitement inhumain ou dégradant ».

Le ministre de la Justice opposé à la régulation carcérale

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son hostilité à tout dispositif de régulation carcérale, dispositif qui prévoit, comme en Allemagne, qu’au-delà d’un certain seuil, une entrée en détention doive s’accompagner d’une sortie. Le ministère de la Justice compte ouvrir 3.000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié dès 2027, alors que moins d’un tiers des 15.000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.

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