Le meurtrier de la jeune Villeneuvoise, qui s’est suicidé entre-temps, était-il seul au moment des faits ? Des soupçons pèsent sur son frère, qui était ce mercredi matin en Lot-et-Garonne sur le lieu où a été retrouvé le corps.
Une reconstitution trente et un ans après
Une petite route dans la pampa lot-et-garonnaise. À quelques kilomètres du village de Montaut, dans le nord du département, ce mercredi 4 février, les enquêteurs de la section de recherches de gendarmerie ont jeté à plusieurs reprises un mannequin de crash-test dans un fossé situé en contrebas du chemin de Montaut-le-Jeune, soit à l’endroit où a été découvert, le 2 juillet 1994, le corps sans vie de Ghislaine Grivart de Kerstrat, une Villeneuvoise de 19 ans. Sous les yeux de la juge d’instruction Angélique Giscos, il s’agissait de reproduire les conditions dans lesquelles le cadavre de la malheureuse a été jeté près de cette route, là où il a été retrouvé en partie dénudé, une ceinture autour du cou.
La présence du frère suspecté
Mis en examen dans le cadre de cette affaire pour complicité d’enlèvement et de séquestration, Éric Buret, le frère du meurtrier de Ghislaine Grivart de Kerstrat, a également assisté à cette reconstitution réalisée plus de trente et un ans après les faits, mais a refusé d’y participer sur les conseils de son avocat, Me Laurence de Behr. Ici, l’objectif de cette remise en situation au moyen d’un mannequin du même poids que la victime est d’explorer une zone d’ombre dans ce dossier afin de répondre à une question, et pas la moindre : Didier Buret était-il seul quand il a tué la jeune femme ?
Le corps a été jeté, pas traîné
Ce dernier n’est plus là pour y répondre : il s’est suicidé en détention le 14 juillet 2005 à la suite d’accusations de viols qui auraient été commis sur sa sœur avec son frère Éric, sa cousine et son épouse. Mais le doute est permis. Lors de l’audience de la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Agen qui a ordonné la réouverture du dossier le 2 mars 2022, le ministère public avait d’ailleurs jugé « hautement probable » la présence de deux individus. Un témoin affirme avoir vu Ghislaine Grivart de Kerstrat monter dans un fourgon blanc à bord duquel se trouvaient deux hommes. La Villeneuvoise faisait alors du stop au niveau de l’avenue de Villeneuve à Libos, le 26 mai 1994. Il faudra attendre plus de six semaines pour retrouver son corps, dont l’état de décomposition ne permettra pas de déterminer si elle a été violée. Il faudra encore attendre vingt et un ans pour identifier Didier Buret au moyen d’un ADN prélevé sur les scellés et passé au crible du Fichier national des empreintes génétiques (Fnaeg).
Les lenteurs de la justice
Fin de l’histoire ? Non, car les gendarmes soupçonnent le frère d’avoir été le complice de son aîné, dont il était l’instrument. Éric Buret a toujours nié toute implication. Et à ce stade, rien ne le relie au meurtre. Mais plus de trente et un ans après, les lenteurs de la justice accablent la famille de la victime.
Perte des scellés
« Ce sont des gens qui sont très respectueux de l’autorité et de l’institution judiciaire. Ce qui a permis d’ailleurs à l’autorité et à l’institution judiciaire de les mépriser et de les traiter avec indifférence pendant trente ans », déplore Me Édouard Martial, qui, ce mercredi, était également sur le bord de la route à Montaut. « Quatre ans après la décision de la chambre de l’instruction d’ordonner cette reconstitution, elle intervient enfin, reprend l’avocat. En réalité, c’est une remise en situation par rapport à la taille de la victime, par rapport à son poids de 55 kilos, par rapport à la présence d’un homme ou de deux hommes qui seraient susceptibles soit, pour l’un, de le faire tout seul, soit à deux, de jeter le corps à l’emplacement où il a été retrouvé. Bien évidemment, il apparaît plus facile d’être à deux. Mais cela n’écarte pas l’hypothèse d’un seul homme. Ce qui est certain au regard des constatations des gendarmes faites en juillet 1994, c’est que le corps n’a pas été traîné mais bien jeté. »
Me Laurence de Behr, l’avocate d’Éric Buret, juge que l’enquête n’a pas avancé d’un iota. « Cette reconstitution n’apporte aucun élément nouveau à la manifestation de la vérité », tranche-t-elle.
Me Martial, lui, attend beaucoup de la suite des investigations : « Didier Buret était livreur. On va peut-être enfin se poser la question de la raison pour laquelle il est venu jusqu’ici. » L’avocat de la partie civile espère aussi beaucoup des nouvelles analyses génétiques demandées par la chambre de l’instruction. « Hélas, certains des scellés les plus importants, dont la ceinture qui a sans doute été utilisée pour tuer Ghislaine, ont été perdus par l’expert dans son congélateur, soupire-t-il. Alors pour aller un peu plus loin, est-ce qu’on va franchir le pas vers l’expertise généalogique, dont on nous dit qu’elle ne peut pas être utilisée en droit français ? Voilà, c’est l’une des questions que l’on va poser. »



