Accusé de viols, un prof de piano visé par plusieurs plaintes
Prof de piano accusé de viols : plusieurs plaintes déposées

« Je t’embrasse comme je t’aime. » C’est par cette étrange formule qu’Olivier B. avait pris l’habitude de signer ses mails envoyés à des adolescentes, parfois très jeunes. Âgé de 62 ans, ce professeur de piano est accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs anciennes élèves. 20 Minutes a recensé au moins quatre plaintes, dont trois ont été classées car les faits sont prescrits. Mais une dizaine de femmes, qui se sont rencontrées via la plateforme d’aide aux victimes d’agressions sexuelles Coabuse, se disent victimes de ce pianiste qui a longtemps exercé au conservatoire de Valenciennes (Nord) avant de s’établir en Normandie.

Le témoignage d’Alice : de l’admiration à l’emprise

Alice* avait 17 ans quand elle a rencontré le professeur de piano pour la première fois. C’était en 2003, lors d’une audition au conservatoire du Havre (Seine-Maritime), où Olivier B. officiait comme jury. « À la fin de l’audition, il est venu me voir avec ma mère pour me féliciter. Il m’a dit que je jouais très bien et qu’il pouvait m’aider. Il a demandé mon adresse mail pour pouvoir m’envoyer des partitions », se remémore-t-elle. Le soir même, il lui envoie des messages. « Au début, c’était normal, mais après, ça devenait de plus en plus ambigu, il y avait des allusions. Il me disait "je t’embrasse, devine où". Dans ses messages, il me parlait souvent de sa vie privée », poursuit-elle. Il lui envoie de très nombreux mails, mais la « relation » n’est alors qu’épistolaire.

« Il a commencé à me toucher partout »

L’année suivante, elle recroise la route du pianiste lors d’une audition. Olivier B. lui propose de la raccompagner en voiture. « Ma mère n’était pas là, j’étais toute seule chez moi. Il est monté et il a commencé à me toucher partout, à me déshabiller. Il avait une espèce d’emprise sur moi, j’étais figée. Il m’a pénétré avec ses doigts. Je voulais juste que ça s’arrête. » Il faudra à Alice des années de thérapie pour comprendre qu’elle a été « manipulée ». Ce n’est qu’en 2017 qu’elle pousse la porte d’un commissariat pour déposer plainte. Cette même année, une autre jeune femme porte plainte contre ce prof de piano pour des faits similaires remontant à 2014.

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Des plaintes classées sans suite

La plainte d’Alice est finalement classée sans suite en 2020 : les faits, pourtant caractérisés, sont prescrits. L’autre plainte subit le même sort. La procureure de la République de Valenciennes a confirmé l’existence de quatre plaintes mais indique s’être dessaisie au profit du parquet de Lisieux. Sollicité, ce dernier n’a pas donné suite à nos demandes. La procureure du tribunal normand a toutefois indiqué à La Voix du Nord que les deux plaintes classées sans suite allaient faire l’objet d’un désarchivage.

« Il ne s’en cachait pas »

« Tout le monde savait qu’il avait une attirance pour les petites filles », assure une ancienne collègue du conservatoire de Valenciennes. En 1999, Olivier B. a 35 ans. Il est marié et père de famille. Pourtant, il se targue auprès de ses collègues d’avoir noué une relation « amoureuse » avec une de ses élèves, alors âgée de 14 ans. « Il était très à l’aise, sûr de lui donc il en parlait ouvertement. Il ne s’en cachait pas, il disait qu’il était en couple », se remémore son ancienne collègue. Des faits qu’il reconnaît dans des mails que nous avons pu consulter. « Si j’avais dit avec des mots : "je suis amoureux d’une fille de 14 ans, j’en ai 35 et je suis marié et père de 3 enfants", les gens m’auraient traité de salaud, d’irresponsable… », écrit-il ainsi à Alice, quatre ans plus tard.

Au conservatoire de Valenciennes où il a travaillé jusqu’en 2012, plusieurs jeunes musiciennes avaient demandé à changer de professeur. C’est notamment le cas de Léa, qui avait 15 ans en 2005. « Il mettait ses mains sur moi, il me prenait par la taille. Il était très proche, tactile, il se mettait sur moi. Son comportement n’était pas normal, il y avait une forme d’ambiguïté », raconte la jeune femme, qui a déposé plainte en février. Il s’agit de la seule plainte qui, à notre connaissance, n’a pas été classée sans suite.

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Un signalement ignoré

Un jour, Léa a subitement quitté le cours pour se réfugier dans la salle d’à côté. « Ma mère en a parlé au directeur et c’est remonté jusqu’à l’adjoint à la culture de la mairie. Je pense que tout le monde savait. » L’ancienne collègue d’Olivier B. confirme que le professeur a été convoqué. « Il nous a menacés de nous poursuivre en diffamation. On en avait parlé à la mairie, on nous a demandé de nous taire. Je suis frustrée de ne pas avoir été plus loin. J’ai une forme de colère, de culpabilité. »

Des faits anciens

Mais les témoignages font état de faits qui auraient commencé avant même son embauche au conservatoire. En 1981, Louise a 9 ans. Elle commence les cours de piano chez les parents du mis en cause qui a alors 18 ans. « Il me faisait des bisous sur la joue, il m’obligeait à lui faire la même chose. Il me prenait sur ses genoux. Il disait que moi je le comprenais, et que je savais qu’il avait besoin d’amour. J’ai fini par piquer une crise auprès de mes parents car je ne voulais pas y retourner. » En 2024, quand les souvenirs lui sont revenus, Louise a porté plainte pour abus sexuels sur mineur mais celle-ci a été classée, les faits étant prescrits.

Toujours en contact avec des mineures

La dernière plainte remonte à 2014 mais l’affaire est revenue sur le devant de la scène à la suite de plusieurs articles de presse. Car ce professeur est toujours au contact de mineures. Il exerce comme organiste dans une paroisse et cet été, il doit intervenir dans un stage de musique. Contactés par 20 Minutes, les responsables de l’association organisatrice du stage n’ont pas donné suite.

En mai, toutefois, la multiplicité des articles a poussé un de ses employeurs - une association de Trouville - à mettre fin à son contrat, après trois années de cours. Mais l’association n’a pas découvert dans la presse le passé de son professeur de piano : plusieurs personnes avaient alerté bien avant. « On l’a recruté en 2023. En 2024, quelqu’un nous a alertés pour nous dire qu’il avait été condamné [ce qui n’est pas le cas]. Quand je l’ai convoqué pour lui en parler, il a nié farouchement. Il m’a dit que ce n’était pas vrai et que les gens manipulaient. Il avait ramené les deux plaintes classées sans suite. Il me les a montrées. J’en ai informé la mairie et on l’a gardé à l’œil », précise le directeur d’une autre association qui le faisait travailler.

Sollicité, Olivier B. n’a pas souhaité répondre à nos questions.