Périscolaire en crise : alertes ignorées, violences et responsabilités diluées
Périscolaire en crise : alertes ignorées, violences et responsabilités

Chaque matin, des millions de parents déposent leurs enfants à l'école le cœur serré, tiraillés entre la nécessité de travailler et la crainte de ce qui se passe en périscolaire. « Il n’y a rien de pire que de vivre avec ces sentiments », confie une mère. En France, 89 % des six millions d’élèves de maternelle et élémentaire fréquentent ces temps d’accueil, mais la confiance des familles est ébranlée.

Une enquête qui secoue le système

La journaliste Victoire Haffreingue-Moulart, du Parisien, a mené une enquête d’un an, recueillant témoignages, documents et immersions. Son livre, Les Rois du silence : périscolaire, l’enquête choc (Robert Laffont), paraît alors que la Ville de Paris a suspendu 78 animateurs depuis janvier, dont 31 pour suspicion de violences sexuelles. Mais l’autrice insiste : « L’erreur serait de réduire le problème à Paris. C’est bien pratique pour l’État que le scandale se limite médiatiquement à la capitale. »

Les témoignages viennent de toute la France et racontent la même histoire : des alertes ignorées, des responsabilités diluées, un système qui peine à se remettre en question. « Pendant que les adultes se renvoient la balle, les enfants encaissent », écrit-elle.

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Complexité administrative et flou juridique

Le système périscolaire est morcelé : cantine, garderie, étude, centre de loisirs… Ces temps dépendent des municipalités ou d’associations, pas de l’Éducation nationale. Les communes peuvent déclarer leur service comme accueil collectif de mineurs, avec des règles strictes sur les diplômes et l’encadrement, ou choisir de ne pas le faire. « Certaines communes considèrent que c’est trop compliqué. Elles renoncent aux subventions mais fonctionnent plus librement », explique la journaliste. Près de 39 % des communes seraient dans ce cas. « L’État laisse aujourd’hui la possibilité aux collectivités de faire ce qu’elles veulent. Et ça, ce n’est pas entendable », s’insurge-t-elle.

Recrutement et formation : des failles béantes

Sans expérience, la journaliste s’est fait embaucher comme animatrice. « On m’a demandé de venir cinq minutes avant ma prise de poste. J’ai fait le tour de l’école, on m’a expliqué où étaient les classes, puis j’ai été lâchée sur le terrain », raconte-t-elle. Un autre membre de l’équipe, plus âgé, a aussi décroché un poste sans difficulté. « Autant on est attentif au temps scolaire, autant sur le périscolaire, c’est beaucoup moins vrai. »

Le Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) est requis mais pas obligatoire : jusqu’à 20 % des effectifs peuvent être recrutés sans diplôme. Certains directeurs disent même : « Si vous savez parler et marcher, vous serez embauchée. »

Trois communes varoises montrent l’exemple

À Toulon, Roquebrune-sur-Argens et Lorgues, les municipalités misent sur la vérification systématique du casier judiciaire et du Fijaisv. Jean-Michel Permingeat, adjoint à Toulon, précise : « On vérifie même en urgence, et aussi pour les personnels d’entretien et de cuisine. » En 2025, cinq signalements ont permis des mises à pied immédiates. À Roquebrune, Jacques Bacquet insiste : « On gère ce dont les gens ont de plus précieux. » La commune forme ses animateurs à ses frais, notamment en psychologie de l’enfant.

À Lorgues, une période d’essai évalue les compétences avant toute embauche définitive. Un dispositif municipal accompagne et forme les nouveaux animateurs. Malgré ces efforts, le turnover reste élevé et le ratio d’encadrement idéal (1 pour 10 en maternelle) n’est pas toujours atteint.

Un cas classé sans suite à Hyères

Selon nos informations, une plainte pour violences sexuelles en périscolaire a été déposée à Hyères en février. Un enfant de 5 ans a dit à sa mère : « Je me fais des guilis comme Patrick avec sa bouche. » L’animateur, directeur depuis quinze ans, a nié. Faute de preuves, la plainte a été classée sans suite. L’employé municipal devrait être reclassé dans un service sans lien avec la petite enfance.

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L’enquête de Victoire Haffreingue-Moulart ne se contente pas de dénoncer : elle défend aussi une profession méprisée, où la majorité des animateurs travaillent sérieusement malgré des conditions précaires. « Certains achètent eux-mêmes les fournitures pour proposer des activités aux enfants. » Un appel à ne pas faire « une chasse aux sorcières », mais à exiger plus de transparence et de moyens.