« J'avais prévenu qu'un drame allait arriver. » La voix de Karine Florès se brise encore lorsqu'elle évoque Bartok, un poney de 15 ans hébergé au centre équestre de Grammont à Montpellier. Le 27 mai dernier, l'animal a été victime d'un grave accident. Quelques heures plus tard, il a été euthanasié.
Un accident mortel
Sa propriétaire, Ambre Bouquet, raconte avoir appris la nouvelle par téléphone. « On m'a expliqué que mon poney avait traversé plusieurs clôtures et qu'il fallait prendre une décision. Très vite, on nous a dit que l'euthanasie était la seule option. C'était une nouvelle terrifiante. » Selon le certificat vétérinaire, Bartok présentait « une fracture ouverte du métatarse principal droit avec contamination de la plaie ». Compte tenu de la gravité de la blessure et des faibles chances de succès d'une opération, l'euthanasie a été décidée le jour même.
Des alertes ignorées
Arrivé au centre équestre en février, Bartok était un entier (non castré), nécessitant selon Karine Florès, en charge du poney, des installations adaptées. « J'avais demandé une double clôture. J'avais proposé d'apporter le matériel. J'avais expliqué qu'il ne fallait pas le mettre au milieu des juments. » Selon elle, plusieurs alertes auraient été adressées à la direction dans les semaines précédant l'accident. Quelques jours avant le drame, une réunion est organisée avec la directrice du centre. « On m'a assuré que tout était réglé et sécurisé. » Pourtant, lorsqu'elle découvre le nouvel emplacement attribué au poney, elle affirme avoir immédiatement exprimé son inquiétude. « Les clôtures étaient faites avec de petits fils électriques. J'ai dit qu'on ne pouvait pas le laisser là avec des chevaux à proximité. »
Témoignage d'une salariée
Une salariée du centre, qui a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat, évoque également des problèmes récurrents de sécurité. « Plusieurs chevaux s'échappaient régulièrement. C'était devenu presque banal. Les fils étaient trop fins et les clôtures pas assez hautes. » Le matin de l'accident, elle assiste à l'agitation qui gagne rapidement le site. « Quand je suis allée voir un peu plus tard, tous les fils étaient par terre et il était blessé. C'est de la négligence. » Karine Florès affirme par ailleurs qu'à son arrivée après l'accident, les chevaux présents autour du paddock avaient été déplacés. « On aurait dit qu'il n'y avait jamais eu de chevaux autour. »
Document contesté
Autre élément évoqué dans la plainte : l'attitude de la direction après le drame. Alors qu'un contrat n'avait pas été signé à l'arrivée du poney, Karine affirme qu'un justificatif de pension lui aurait été présenté par la directrice du centre, juste après le drame. « Mon poney venait de mourir et on me présentait un document à signer afin de se protéger en cas d'accident. »
Réponse de l'UCPA
Sollicitée, l'UCPA indique que le paddock avait été examiné avant sa mise en service et qu'un autre cheval entier y avait déjà séjourné sans incident. Selon eux, Bartok aurait franchi les séparations installées avant de blesser un autre cheval puis de se blesser gravement lui-même. L'UCPA rappelle que le vétérinaire est intervenu immédiatement et que l'euthanasie a été décidée avec l'accord de la propriétaire. « L'accident déplorable du poney Bartok de L'Hauroy relève d'une situation exceptionnelle. » Annabelle de Taddeo, directrice du centre équestre de Grammont, souligne également que l'établissement est « labellisé bien-être animal ».
Procédure en cours
Le centre équestre appartient à la Ville de Montpellier mais est exploité par l'organisme dans le cadre d'une délégation de service public. Informée de l'accident, la Ville attend les conclusions des assurances afin d'établir les responsabilités. Un souhait partagé par Karine Florès. Une procédure judiciaire est en cours et la famille indique avoir saisi un avocat. Une cagnotte intitulée « Justice pour Bartok » a également été lancée pour financer les démarches engagées.



