Depuis le 1er juillet 2025, il est interdit de fumer sur les plages françaises bordant des eaux de baignade pendant la saison balnéaire, sous peine d'une amende de 135 €. Un an après, sur le littoral biterrois, entre Portiragnes et Valras-Plage, les vacanciers s'adaptent, certains avec réticence, d'autres avec une prise de conscience environnementale.
Une interdiction pour dénormaliser le tabac
Le décret de 2025 vise à dénormaliser le tabac et à protéger l'environnement. En 2024, selon l'ONG Surfrider Foundation, 300 000 mégots ont été ramassés sur les plages françaises. Un seul mégot peut polluer jusqu'à 500 litres d'eau, et la cendre contient des métaux lourds comme le plomb, le cadmium et le nickel.
Denis, 64 ans, originaire des Hauts-de-Seine, fume sur la plage de Portiragnes depuis toujours. Assis sur sa chaise de camping, les pieds dans l'eau, il allume une cigarette : "Tant que les gens ne jettent pas par terre, je ne vois pas pourquoi on interdit ça." Il affirme n'avoir "jamais jeté le moindre mégot dans le sable" et qualifie l'interdiction de "bêtise" : "Ce n'est pas en interdisant que les gens vont arrêter de fumer." En France, le tabagisme passif est estimé responsable de près de 1 100 décès par an, selon Tabac info service.
Des habitudes qui évoluent peu à peu
Olivia, 49 ans, mère de famille dunkerquoise, s'est adaptée à l'interdiction par "peur de l'amende", mais aussi par "prise de conscience" : "J'ai compris que ça pouvait déranger les gens autour de moi." Elle fume désormais à l'entrée de la plage, sur un rebord en béton, un déplacement qui "ne coûte pas grand-chose".
Mathis, 19 ans, en vacances à Valras-Plage, quitte le sable pour fumer près d'un cendrier : "Je sais que si je suis sur la plage par facilité je vais le jeter par terre donc je préfère me forcer à me déplacer." Une prise de conscience partagée par d'autres jeunes vacanciers rencontrés sur place.
Des cendriers encore insuffisants
Denis estime qu'il faudrait "des zones fumeurs" plutôt qu'une interdiction totale. Il éteint sa cigarette dans un verre avec un fond d'eau, faute de cendrier à proximité. À l'entrée de la plage de Portiragnes, un seul cendrier est installé. Olivia raconte : "La dernière fois, il était rempli et débordait, il y avait un couple mégot à la main. Ils cherchaient une poubelle. C'est sûr que ce serait plus simple avec plus de cendriers dans le coin."
À Valras-Plage, la municipalité a renforcé le nombre de cendriers aux abords des plages et distribue des cendriers portatifs, selon Rémi Peillet, directeur général des services de la mairie. Une initiative qui s'inscrit dans un partenariat avec Alcome, éco-organisme agréé par l'État, pour lutter contre les mégots abandonnés. Ce partenariat permettra à la commune de bénéficier d'un soutien au nettoyage et d'équipements adaptés : cendriers urbains, de poches, éteignoirs et supports de sensibilisation.
Un bilan contrasté sur le littoral biterrois
Un an après l'entrée en vigueur du décret, le bilan est contrasté. Si certains vacanciers respectent l'interdiction, d'autres continuent de fumer sur le sable, souvent par habitude ou par méconnaissance de la réglementation. Les associations environnementales saluent une avancée, mais appellent à renforcer les équipements et la sensibilisation pour que la plage reste propre et que la baignade soit préservée de la pollution.
Le décret de 2025 s'inscrit dans une démarche plus large de protection de l'environnement et de santé publique. Avec 300 000 mégots ramassés en 2024, l'impact est réel, mais des efforts restent à faire. Les municipalités, comme Valras-Plage, tentent de s'adapter en multipliant les cendriers et en informant les vacanciers. L'avenir dira si cette interdiction parviendra à changer durablement les comportements sur le littoral biterrois et ailleurs en France.



