À deux jours de la mobilisation du 24 octobre, des commerçants parisiens victimes de pillages lors des manifestations précédentes ont décidé de se préparer à se défendre par leurs propres moyens. Malgré l'annonce d'un renforcement policier par Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, certains ont choisi d'acheter des armes d'autodéfense, dont les ventes ont explosé ces derniers jours. Toutefois, cette initiative expose à des risques juridiques importants, car la légitime défense est strictement encadrée en France et ne permet pas de protéger uniquement des biens matériels.
Une commerçante s'équipe d'un taser et d'une matraque
Ce jeudi, une commerçante parisienne de 37 ans a acheté un taser et une matraque pour protéger son restaurant. Elle a confié à Franceinfo sa volonté de « s'inscrire à un club de tir » afin d'avoir le droit de « porter une arme ». « On ne peut plus dépendre de la police pour se défendre, regrette-t-elle. Peut-être que c'est illégal, peut-être que c'est dangereux, mais je n'ai pas le choix. »
Cette décision intervient après les pillages survenus lors des manifestations du 17 octobre, notamment au Monoprix de la Comédie à Montpellier, qui a été victime de ces actes. Le patron de l'armurerie de la Bourse, interrogé par nos confrères, indique avoir multiplié ses ventes par dix depuis samedi, preuve de l'inquiétude croissante des commerçants.
La légitime défense, une exception strictement encadrée
Les spécialistes du droit rappellent qu'il n'y a pas de violence légitime en France, sauf dans le cadre de la légitime défense, qui est soumise à des conditions précises. « Il faut que la violence soit nécessaire, proportionnelle et immédiate », explique l'avocat Dylan Slama au micro de RTL. « Si ce ne sont que des atteintes aux biens qui étaient envisagées par le jeune délinquant qui est venu piller, on ne peut pas justement mettre en place la légitime défense », ajoute-t-il.
Ainsi, blesser un pilleur pour protéger uniquement des biens matériels expose à des poursuites, qui peuvent aller jusqu'à une peine de prison. Cette mise en garde s'adresse aux commerçants tentés de se faire justice eux-mêmes, alors que les forces de l'ordre ont promis une mobilisation massive pour samedi.
Une inquiétude persistante malgré les promesses de l'exécutif
Les promesses de Laurent Nunez et Sébastien Lecornu sur une mobilisation massive des forces de l'ordre pour la mobilisation de samedi 24 octobre n'ont pas totalement rassuré les commerçants pillés une semaine plus tôt. Comme le rapportent de nombreux médias, certains d'entre eux ont décidé de préparer leur défense, en faisant appel à des sociétés spécialisées ou en achetant des armes d'autodéfense.
Cette situation survient alors que l'exécutif se prépare à un nouveau samedi sous tension, avec des réunions de crise à l'Élysée et à Matignon, et un conseil de sécurité convoqué par Emmanuel Macron. Les autorités espèrent éviter de nouveaux débordements, mais les commerçants, eux, semblent vouloir prendre leurs propres mesures pour protéger leurs biens, quitte à enfreindre la loi.