La cour d'appel de Versailles rend ce mercredi 16 septembre sa décision concernant l'allègement du contrôle judiciaire de Patrick Bruel. Le chanteur et comédien de 67 ans, mis en examen dans quatre dossiers pour violences sexuelles, conteste l'ensemble des faits qui lui sont reprochés.
Deux nouvelles plaintes ont été déposées contre l'artiste, a indiqué mardi l'avocate des plaignantes. Ces plaintes, pour agression sexuelle et viol, ont été déposées les 16 et 23 juillet auprès du premier district de la police judiciaire de Paris. Patrick Bruel est déjà mis en examen pour viol et agression sexuelle.
Une demande d'autorisation de quitter le territoire
Les avocats du chanteur avaient saisi un juge d'instruction pour obtenir l'autorisation de quitter le territoire français, ce qui lui était interdit. Le magistrat l'y avait autorisé le 21 juillet. Cependant, le parquet de Nanterre a fait appel de cette décision, la jugeant « injustifiée » et « excessive », selon des révélations de Mediapart. L'audience pour examiner cet appel a eu lieu le 14 août, comme l'a rapporté RTL.
Sollicités par l'AFP, Mes Fanny Colin, Céline Lasek et Christophe Ingrain, qui assurent la défense de l'artiste, n'ont pas souhaité s'exprimer avant cette décision.
Quatre mises en examen et neuf plaintes supplémentaires
Le chanteur est mis en examen dans quatre affaires : un viol à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) en 2008, une tentative de viol en 2010 à Bruxelles, une affaire d'agression sexuelle et de harcèlement sexuel à Perpignan en 2019, et un dossier de harcèlement sexuel à Ajaccio, en Corse, en 2019. Il bénéficie du statut plus favorable de témoin assisté dans quatre autres dossiers, dont un viol à Dinard (Ille-et-Vilaine) en 2012, un viol à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) en 2015, une tentative de viol en 2010 et 2011 à Neuilly-sur-Seine et du harcèlement sexuel en 2019 à Nyon, en Suisse. Il conteste l'ensemble des faits, assurant notamment n'avoir jamais « forcé une femme ».
Depuis sa mise en examen en juin dernier, neuf plaintes pour d'autres violences sexuelles ont été déposées ou annoncées. Le parquet de Nanterre a confirmé à l'AFP le dépôt de deux d'entre elles : une pour tentative de viol et agression sexuelle en octobre 2007, l'autre pour viol et agression sexuelle en mai 2012. Interrogée sur les autres plaintes, annoncées dans les médias ou confirmées par des avocats, cette même source n'a pas donné suite.
Plainte pour violation du secret de l'instruction
De son côté, Patrick Bruel a déposé plainte mercredi pour violation du secret de l'instruction, dénonçant notamment la publication par plusieurs médias, dont Paris Match, d'extraits de son audition par les enquêteurs. « Il est fermement démenti que Monsieur Bruel ait tenu les propos qui lui ont été faussement attribués par Paris Match, en particulier la phrase : "Ce ne sont pas 30 pleureuses qui vont foutre ma carrière en l'air" », ont souligné ses conseils dans un communiqué transmis à l'AFP, s'indignant contre des violations qui « portent une atteinte grave et irrémédiable à la sincérité et à la sérénité de la procédure ».
Dans un article consacré aux « vraies raisons » de l'annulation de la tournée du chanteur, l'hebdomadaire affirmait que le chanteur aurait fait cette confidence à des proches, mi-mai, deux mois après la publication d'une enquête de Mediapart, fondée sur le témoignage de huit femmes couvrant une période allant de 1991 à 2019.
Tournée annulée et réactions
Patrick Bruel a annulé le 2 septembre la tournée qu'il devait entamer début octobre. Depuis plusieurs semaines, des responsables politiques, des élus et des associations féministes appelaient le chanteur à renoncer à se produire sur scène alors que des dizaines de femmes l'accusent désormais de violences sexuelles. Son contrôle judiciaire ne lui interdisait pas de se produire sur scène.
Cette annulation est devenue « une obligation » et a été un « soulagement », a confié vendredi dans un entretien à l'AFP Karine Viseur, ex-attachée de presse belge qui accuse Patrick Bruel d'une tentative de viol en 2010 à Bruxelles, fait pour lequel il est mis en examen. La quinquagénaire a dit avoir été surprise de constater cet été que l'homme qu'elle accuse pouvait voyager à l'étranger, et jugeait « irrespectueux » de ne pas en avoir été informée. La décision de la cour d'appel de Versailles est attendue pour ce mercredi.



