Début juillet, Nana est sortie de la maternité avec son bébé Aïchata, né trois semaines avant terme. Elle est retournée à la rue rejoindre Madimakan et leurs deux autres enfants, Mantchia (2 ans et 8 mois) et Mohamed (1 an et demi). Exilés du Mali, sans papiers, ils dorment sous une tente sur le parvis de l'église du Vœu à Nice, ou sur la plage quand ils sont dépannés.
Une famille vulnérable rejetée par le 115
Depuis un mois, les parents appellent le 115 chaque jour, en vain. La directrice du service Intégré d'accueil et d'orientation des Alpes-Maritimes explique : « Les Alpes-Maritimes connaissent actuellement une très forte tension sur les capacités d'hébergement d'urgence. » Elle ajoute que « certaines situations, y compris particulièrement vulnérables, ne puissent recevoir une réponse immédiate. » Or, la première demande d'hébergement avait été faite un mois avant l'accouchement, mais elle n'a pas abouti.
Christine Panaïotis, référente asile au Secours catholique de Nice, s'indigne : « Avant huit mois, une femme enceinte à la rue n'est pas considérée comme vulnérable. Le fait que Nana ait déjà perdu un futur bébé et qu'elle ait une grossesse pathologique, documentée par le CHU, n'a rien changé. Comment peut-on tolérer ça ? »
Rejet de la requête en référé
Me Aline Almairac, mandatée par l'association, a déposé une requête auprès du tribunal administratif de Nice le 1er juillet. Le juge des référés l'a rejetée, estimant que les parents sont en situation irrégulière et que la demande « ne justifie pas d'une situation d'extrême urgence ». L'aide juridictionnelle a également été refusée. L'avocate, à ses frais, a saisi le Conseil d'État.
Leur demande d'asile a été rejetée, même en appel. Mais après la naissance d'Aïchata, une nouvelle demande a été déposée ; en attendant l'instruction, elle est en situation régulière.
Risque d'excision en cas d'expulsion
En cas d'expulsion vers le Mali, Aïchata pourrait subir l'excision, comme sa mère Nana, mutilée d'un œil par son père et victime d'un mariage forcé. « Je ne veux pas ça », répète Nana. « Je veux que ça aille mieux. L'école, un travail, un toit. »



