Des affrontements d'une violence inédite et de multiples pillages de commerces ont ravagé le centre-ville de Montpellier ce samedi, en marge d'une manifestation record. Plusieurs groupes ont saccagé des dizaines de boutiques de la place de la Comédie et de l'Écusson, provoquant de lourds dégâts matériels, selon Midi Libre.
Une dégringolade rapide vers le chaos
Montpellier a d'abord vibré au rythme d'un interminable cortège festif, avant de sombrer dans un chaos encore jamais observé, même au plus dur de la période des Gilets Jaunes, en 2018. De la casse, des flammes, puis un gigantesque nuage de gaz lacrymogènes, aussi inquiétant qu'irritant, ont recouvert l'Écusson et la place de la Comédie jusque tard dans la soirée.
Les échauffourées ont débuté dès le milieu d'après-midi, dans les secteurs de la gare Saint-Roch et de la place des Martyrs-de-la-Résistance. Plusieurs groupes de casseurs, vêtus de noir et cagoulés, ont allumé un premier feu sous le pont Grand Saint-Jean. Le premier d'une très longue série, rapporte le journal.
Pillages en série dans l'Écusson
En milieu d'après-midi, la situation est devenue hors de contrôle lorsque des hordes de Montpelliérains, souvent très jeunes, s'en sont pris à différents magasins. Vers 17h30, la vitrine du supermarché Monoprix, sur la place de la Comédie, était la première à céder. Une vague de casseurs s'est engouffrée dans les rayons, avant que d'autres manifestants, euphoriques, ne leur emboîtent le pas.
« On prend tout, on s'en fout. De toute façon on n'a pas de sous pour faire les courses », hurle une jeune fille en sortant avec un panier rempli, alors qu'une distribution de boissons, de gâteaux et de serviettes hygiéniques volés s'organise juste à côté. Quelques minutes plus tard, la grille de protection du magasin Foot Locker saute à son tour. Les chaussures de sport sont envoyées directement dans la foule, puis pour partie abandonnées dans les rues adjacentes, elles aussi prises pour cible.
Plusieurs dizaines de magasins de la rue de la Loge et des ruelles alentour ont vu leurs vitrines taguées ou détruites. La boutique Gertrude, rue de l'Argenterie, a été vidée. Devant le commerce, une caisse enregistreuse éventrée a été abandonnée par les casseurs. Courir, Mac Cosmétics, Dewachter, Dr Martens… Dans la boutique Bouygues Télécom voisine, plus aucun téléphone en rayon.
Scènes de guérilla urbaine place de la Comédie
Pendant ce temps, plusieurs milliers de manifestants ont maintenu leur présence sur la place de la Comédie. Des affrontements extrêmement violents, qui ont fait plusieurs blessés – sans qu'un bilan officiel ne soit communiqué – ont éclaté. Aux jets de pavés, de mobilier urbain et de bouteilles en verre répondaient gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et tirs de LBD, dans la plus grande confusion.
Vers 18h, une épaisse fumée s'élevant de la dalle du Triangle est venue couvrir de noir ces scènes apocalyptiques. La terrasse du restaurant Häagen-Dazs était en feu. « Ils ont tout brûlé ! Les tables, les chaises, même les panneaux ont été arrachés de la façade », confie, hagard, l'un des employés. Les parasols des brasseries de la Comédie connaîtront le même sort.
L'appel au calme et au départ des manifestants de la préfète de l'Hérault, « pour leur sécurité », sera resté sans effet. Alors que la nuit était tombée, la Comédie continuait de s'illuminer tristement sous l'effet des mortiers d'artifices, projetés à flux tendu sur les forces de l'ordre.