Le 8 juillet dernier, en plein centre-ville de Montpellier, un homme a brandi un pistolet, provoquant l'émoi parmi les commerçants de la rue Henri René. Cet incident, bien que sans gravité (l'arme s'est avérée factice), illustre la dégradation du quartier, marquée par l'insécurité et la déqualification des commerces. Les commerçants, épuisés, voient leur activité s'effondrer et certains envisagent de quitter les lieux, sacrifiant parfois leur santé.
Un incident révélateur
Il est environ 14 heures, le 8 juillet dernier, quand une personne brandit un pistolet, en plein centre-ville de Montpellier. « Une histoire de regards », selon un commerçant du quartier, témoin depuis sa boutique, située rue Henri René. « C'est la première fois que l'on voit un pistolet ici, mais ça ne m'a même pas étonné », soupire-t-il, résigné. Aucun tir n'a été échangé : le porteur de l'arme, originaire d'Avignon, a été maîtrisé, puis s'en est allé.
Contacté, Sébastien Cote, adjoint au maire en charge de la sécurité, confirme qu'une enquête de la police nationale est en cours. « La personne est recherchée puisqu'elle a été identifiée », précise-t-il. Sur la nature de l'arme : « Son chargeur, tombé dans la bagarre, a été retrouvé. C'est une arme factice, avec des cartouches à blanc. Ce n'était pas une arme létale, la police nationale est absolument formelle sur ce point. »
Un climat de dégradation
Pour les commerçants de la rue, cet épisode n'est qu'un maillon de plus d'une dégradation qu'ils décrivent depuis des années. Martine (1), commerçante du quartier, décrit un climat général. « Les gens traînent, s'assoient sur les terrasses des restaurants alors qu'ils ne sont pas clients et consomment du cannabis ou de l'alcool », raconte-t-elle. Le soir, la situation ne s'arrange pas : « Il y a un groupe qui est là tous les soirs, qui joue aux dés, parie de l'argent de manière illégale. Ils parlent fort, se disputent, ça crée des nuisances. Les jeunes, eux, viennent à la sortie des bars car ils savent qu'un mec est toujours là pour leur vendre de la drogue. »
Selon Sébastien Cote, ce phénomène est lié à un problème de déqualification des commerces. « Avec l'arrivée des barbiers, d'épiceries de nuit, de ventes à emporter, il y a une paupérisation de l'offre qui nuit à la diversité et à la qualité commerciale », explique-t-il. Un constat que partage Martine, pour qui ces nouveaux commerces ont amplifié nuisances et règlements de comptes, au point qu'elle est devenue presque insensible à la violence du quartier : « Maintenant quand je vois un couteau, une machette, une bagarre, c'est du pipi de chat. On est habitués. »
Un impact économique et humain
L'activité économique trinque aussi. « Cette année, on a une baisse de 50 % de chiffre d'affaires par rapport à l'année dernière », déplore Martine. Un cercle vicieux s'installe : « J'ai des travaux à faire mais je ne vais pas réinvestir dans un quartier comme ça. À moins qu'il y ait des changements de la part de la mairie. » Elle reconnaît toutefois un effort récent : « Depuis deux mois, on voit une augmentation des rondes de la police. Mais il y a des guetteurs, les mecs partent en courant sans se faire choper. C'est le jeu du chat et de la souris. »
Pour Alain (1), autre commerçant de la rue, la situation a dépassé le cadre professionnel. « Au lieu de faire mon métier, je fais sans arrêt de la médiation », confie-t-il, épuisé. Lui aussi regarde son activité s'effondrer : « Je suis à 30 % de perte de chiffre d'affaires par an. Entre la piétonnisation, l'insécurité, le stationnement… Plus personne ne vient ici. » Son seul objectif désormais : partir. « Quand on me demande quel est mon projet professionnel, je réponds que c'est de quitter Montpellier. Et pourtant je suis né ici… Mais ça fait des années que ça se dégrade et rien n'est fait », déplore-t-il, pessimiste : « Dans peu de temps, ça va être très difficile de trouver une baguette à Montpellier. »
La santé en première ligne
La pression a fini par se répercuter sur sa santé. « J'ai passé quatre jours en réanimation en novembre dernier », raconte-t-il. Les examens n'ont rien révélé d'organique, mais le diagnostic est sans appel : il doit cesser son activité. « Ce sont des douleurs de stress, de fatigue. Dès que j'ai un truc qui s'arrange dans ma vie, comme une dette remboursée, j'ai une douleur qui disparaît », explique-t-il. Pour lui, partir n'est plus une option mais une nécessité : « Ma santé n'aura jamais le prix de mon fonds de commerce. »
Reste un obstacle : trouver repreneur. « C'est difficile de revendre ici, le centre-ville est en train de mourir. Mais si je ne vends pas, j'aurai travaillé des années pour tout perdre. » Amer, il ironise : « Je vais finir par vendre des extincteurs et des gilets pare-balles… La reconversion est toute trouvée. »
La réponse de la mairie
Sébastien Cote, premier adjoint en charge de la sécurité, reconnaît la spécificité du secteur. « Ce secteur est-il connu pour être un point de deal ? Non. Un point de deal est tenu par des narcotrafiquants. Ici, ce sont des commerces dysfonctionnels qui importent une délinquance multifactorielle. Ils vendent cigarettes, protoxyde d'azote et sans doute de la drogue. C'est plus qu'un point de deal. »
Pour endiguer la concentration de ces commerces, il préconise un travail de longue haleine : « On ne peut pas commencer par une fermeture administrative de six mois, sinon le tribunal administratif casse la décision. Il faut donc commencer par une semaine, puis trois semaines, un mois, trois mois, six mois : à force, les commerces finissent par partir. » En parallèle, la mairie souhaite inclure la rue Henri René dans un périmètre de sauvegarde du commerce, comme les rues Aristide Ollivier ou de Verdun. « C'est un outil efficace, mais une procédure lourde, qui prendra du temps à se mettre en place. »
Interrogé sur la piétonnisation, souvent pointée du doigt, Sébastien Cote assume : « J'assume la suppression du stationnement devant les écoles, pour la sécurité des enfants. Mais le problème n'est pas mono-causal. L'évolution du commerce est multifactorielle : circulation, e-commerce, pouvoir d'achat… Et bien sûr déqualification comme c'est le cas rue Henri René. »
(1) Les prénoms ont été modifiés.



