Mégafeu en Gironde : La Poste fait rattraper des heures aux salariés
Mégafeu : La Poste fait rattraper des heures aux salariés

Des centaines de salariés de La Poste en Gironde, contraints d'être évacués lors du mégafeu de Saumos fin juillet, vont devoir récupérer les heures de travail non effectuées. Cette décision, révélée par plusieurs syndicats, suscite une vive indignation parmi les postiers, qui dénoncent une « double peine » après avoir vécu un été marqué par les incendies.

Une reprise sous tension au centre de tri de Cestas

Le centre de tri du courrier de Cestas, situé en banlieue de Bordeaux, a rouvert ses portes après la fermeture imposée par la préfecture au plus fort de l'incendie. Les salariés, qui ont regagné leur poste, ont découvert qu'ils devraient compenser les heures durant lesquelles ils n'ont pas pu travailler. Cette mesure concerne également les quinze bureaux de poste situés dans la zone d'évacuation.

« C'est la double peine », s'exclame Frédéric Saint-Marc, employé au centre de tri de Cestas. « Pendant toute la durée de l'incendie, il y a eu des tas de gestes de solidarité : Total qui a offert du carburant, des gens qui sont venus aider les pompiers… Mais la seule entreprise qui semble vouloir faire payer ses salariés, c'est La Poste. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un mégafeu dévastateur de 42 000 hectares

Le mégafeu de Saumos, qui a débuté fin juillet, a ravagé plus de 42 000 hectares de forêt dans le département de la Gironde. Il a nécessité l'évacuation de plusieurs communes et la mise en place d'une zone de sécurité par la préfecture. De nombreux habitants et travailleurs ont dû quitter leur domicile et leur lieu de travail pendant plusieurs jours.

Pour les postiers, cette période d'évacuation a été vécue comme un moment de chaos et d'inquiétude. Beaucoup ont dû trouver refuge chez des proches ou dans des hébergements d'urgence, tout en suivant l'évolution de la situation avec angoisse. La décision de La Poste de faire récupérer ces heures est perçue comme un manque de considération pour les difficultés vécues.

Les syndicats montent au créneau

Plusieurs syndicats de La Poste, dont la CGT, FO et Sud PTT, ont immédiatement réagi en dénonçant une mesure « injuste et inhumaine ». Ils rappellent que les salariés n'ont pas choisi de quitter leur poste, mais ont obéi aux consignes de sécurité. « On ne peut pas pénaliser des salariés qui ont respecté les ordres d'évacuation », souligne un représentant syndical.

Les organisations syndicales demandent à la direction de La Poste de revenir sur cette décision et d'engager des discussions pour trouver une solution plus équitable. Elles évoquent notamment la possibilité de considérer ces heures comme des heures de chômage technique ou de les rémunérer sans contrepartie, comme cela a été fait pour d'autres entreprises de la région.

Un précédent dans d'autres entreprises

Dans la région, plusieurs entreprises ont choisi de ne pas faire récupérer les heures perdues par leurs salariés lors de l'incendie. Des initiatives comme celles de Total, qui a offert du carburant, ou de nombreux commerçants qui ont soutenu les pompiers, contrastent avec la position de La Poste. Cette différence de traitement renforce le sentiment d'injustice parmi les postiers.

La direction de La Poste, contactée, n'a pas encore répondu aux sollicitations. Les syndicats espèrent que la médiatisation de cette affaire forcera la direction à revoir sa copie. D'ici là, les salariés de Cestas et des bureaux concernés devront composer avec cette nouvelle contrainte, qui s'ajoute à un été déjà éprouvant.

Un impact sur le moral des équipes

Au-delà de l'aspect financier, cette décision pèse sur le moral des équipes. « On a déjà vécu des moments difficiles, et maintenant on nous demande de rattraper des heures qu'on n'a pas pu faire parce qu'on était en danger », témoigne un autre postier, sous couvert d'anonymat. « C'est une véritable gifle. »

Les syndicats appellent à la mobilisation et n'excluent pas des actions si la direction maintient sa position. Ils soulignent que cette affaire pourrait avoir des répercussions sur les relations sociales au sein de l'entreprise, déjà tendues par les réorganisations en cours.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une décision qui interroge sur la responsabilité de l'entreprise

Cette situation pose la question de la responsabilité des employeurs en cas de catastrophe naturelle. Si les entreprises doivent assurer la continuité de leur activité, elles doivent aussi prendre en compte les contraintes exceptionnelles auxquelles sont confrontés leurs salariés. La décision de La Poste apparaît d'autant plus surprenante que l'entreprise est un service public, censé être exemplaire en matière de conditions de travail.

Les prochains jours seront décisifs. Les syndicats ont prévu de se réunir pour décider des suites à donner. En attendant, les postiers girondins, déjà marqués par un été de feu, attendent une réponse claire de leur direction. Une réponse qui pourrait bien déterminer l'ambiance sociale dans les semaines à venir.