Le parquet de Valence conteste la circonstance aggravante de racisme retenue par les juges d'instruction contre les mis en examen dans le meurtre de Thomas Perotto, survenu lors d'un bal à Crépol (Drôme) en novembre 2023, selon un document consulté par l'AFP, confirmant une information du Point. Cette contestation marque une nouvelle étape dans une procédure judiciaire complexe, avant la décision définitive des juges d'instruction, qui doivent encore rédiger une ordonnance de mise en accusation, en suivant ou non les réquisitions du parquet.
Des témoignages jugés insuffisants par le parquet
En juillet, les juges d'instruction ont requalifié les chefs d'accusation des 14 mis en examen pour meurtre et tentatives de meurtre dans ce dossier, sur la base d'une dizaine de témoignages faisant état de propos hostiles aux Blancs à la fin du bal du village. Selon un extrait de son réquisitoire définitif complémentaire rendu lundi, le parquet, qui n'avait pas retenu cette circonstance aggravante de racisme dans ses premières observations, estime que ces témoignages sont minoritaires, parfois imprécis voire contradictoires, et ne sont pas suffisants pour caractériser l'accusation.
Cette position contraste avec celle des parties civiles, qui voient dans cette circonstance un élément clé pour comprendre le drame. Pour l'un des avocats des parties civiles, Me Jérôme Triomphe, qui fait état de 16 « témoignages rapportant des propos anti-blancs et anti-français », « la cour d'assises devra juger l'ensemble des faits et de leurs circonstances pour comprendre les raisons de ce drame ».
Les réactions des avocats des parties civiles
Me Lara Fatimi, qui représente une victime, par ailleurs avocate de l'association Léa (Lutte pour l'égalité dans l'antiracisme), a exprimé son incompréhension : « Les victimes ne comprennent pas que cette circonstance aggravante soit écartée par le parquet. Cette question doit être examinée jusqu'au bout et débattue au procès. »
Me Denis Dreyfus, qui représente une quarantaine de parties civiles, espère de son côté que cette circonstance sera confirmée. « On comprendrait mal qu'en quelques semaines on dise tout et son contraire », a-t-il estimé auprès de l'AFP. Ces déclarations montrent la vive attente des parties civiles quant à la reconnaissance de la dimension raciste des faits.
Les faits et la procédure en cours
Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes venus pour certains du quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient battus avec un groupe de jeunes de Crépol à l'issue du « bal de l'hiver » du village. Dans un contexte confus, ils avaient sorti des couteaux et blessé grièvement quatre personnes, dont Thomas Perotto, lycéen de 16 ans et amateur de rugby, décédé lors de son transport à l'hôpital.
Interpellés après les faits, 14 jeunes hommes ont été mis en examen, tous pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. Aucun n'a jamais admis avoir porté le coup mortel. En mai, les juges avaient notifié aux parties avoir terminé leur enquête. Un mois plus tard, le parquet avait requis le renvoi devant une cour d'assises de 11 des mis en cause pour homicide et tentative d'homicide, sans retenir la circonstance aggravante de bande organisée. Les différentes parties peuvent soumettre leurs remarques et observations avant la décision définitive des juges concernant le renvoi en procès.



