Dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Thomas Perotto à Crépol (Drôme), les juges d'instruction ont décidé de requalifier les chefs d'inculpation en ajoutant une circonstance aggravante de racisme. L'avis de fin d'information daté du 20 juillet 2026 précise que, sur la base d'une dizaine de témoignages, la victime aurait été agressée en raison de son appartenance supposée à la « race blanche et la nation française ».
Le drame remonte à la nuit du 18 au 19 novembre 2023. À l'issue du « bal de l'hiver » du village, une rixe a éclaté entre des jeunes venus du quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère et un groupe de Crépol. Dans des circonstances encore confuses, Thomas Perotto a été mortellement poignardé.
Une circonstance aggravante contestée
Cette décision des juges d'instruction a relancé le débat sur la notion de « racisme anti-blanc », souvent invoquée par l'extrême droite mais rarement retenue par la justice. Magali Lafourcade, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), apporte un éclairage : « La loi permet d'aller sur la question du “racisme anti-blanc” mais existe-t-il vraiment ? » Interrogée par Manon Bernard, elle rappelle que la CNCDH estime que le racisme est avant tout un phénomène systémique qui touche les minorités, et que l'usage de cette circonstance doit être manié avec prudence.
Le contexte de l'affaire
Le meurtre de Thomas Perotto a provoqué une vive émotion dans la région et au-delà. Une manifestation de militants d'extrême droite en hommage à la victime avait été interdite devant la préfecture de la Drôme, à Valence, le 2 décembre 2023. Depuis, l'enquête a progressé, aboutissant à la mise en examen de plusieurs personnes. L'ajout de la circonstance aggravante de racisme marque un tournant judiciaire, même si la qualification pénale de « racisme anti-blanc » reste exceptionnelle en France.
Pourquoi les juges ont-ils retenu cette circonstance ? Selon l'avis de fin d'information, les témoignages collectés indiquent que les agresseurs auraient ciblé Thomas Perotto en raison de son apparence « blanche » et de son village « français ». Ces éléments, bien que contestés par les avocats de la défense, ont convaincu les magistrats d'ajouter l'article 132-76 du code pénal, qui aggrave les peines pour crimes commis en raison de l'origine, de l'ethnie ou de la race de la victime.
Les réactions et les implications
Cette décision a suscité des réactions contrastées. Certains y voient une reconnaissance nécessaire de toutes les formes de racisme, tandis que d'autres craignent une instrumentalisation politique. Magali Lafourcade souligne que la CNCDH n'a pas été saisie sur ce dossier précis, mais qu'elle suit de près les évolutions juridiques. « Le racisme anti-blanc n'est pas un concept établi scientifiquement. La loi est neutre, mais son application doit rester factuelle », explique-t-elle.
L'affaire devrait être renvoyée devant la cour d'assises dans les mois à venir. Les familles des victimes et des accusés attendent désormais le procès, tandis que le débat sur la qualification de « racisme » dans cette affaire continue d'alimenter les discussions dans la société française.
Au total, une dizaine de témoins ont été entendus, confirmant la préméditation ou la motivation raciste. L'enquête a également révélé des tensions latentes entre jeunes de différents quartiers, mais sans lien direct avec des mouvements organisés.



