Kylian Mbappé, Ibrahima Konaté et Vinicius Junior ont suscité une vive polémique en France après avoir masqué, mardi 15 septembre, un message de soutien aux habitants de Ceuta lors du match entre Elche et le Real Madrid. Les trois joueurs sont entrés sur la pelouse avec un maillot replié, dissimulant la moitié du slogan « Todos somos caballas » (Nous sommes tous des maquereaux), pourtant porté intégralement par leurs coéquipiers.
L'extrême droite française s'empare du geste
Ce geste a rapidement été récupéré par plusieurs figures de l'extrême droite française. L'eurodéputée Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen, a qualifié l'attitude des joueurs de « honteuse », leur reprochant de se montrer « solidaires de toutes les souffrances du monde mais jamais de celles des Européens ». La députée RN Julie Lechanteux a jugé leur comportement « inacceptable », tandis que son collègue Jérôme Buisson a comparé le capitaine des Bleus à « un enfant que sa maman force à mettre un col roulé qui gratte ». Ces critiques ont également été relayées sur les canaux habituels de l'extrême droite sur les réseaux sociaux, notamment le compte « F de souche ».
Un slogan à forte portée politique
Derrière ce message de solidarité se cache une campagne lancée par l'Association valencienne des entrepreneurs, qui affirme vouloir défendre la « cohésion territoriale et sociale de l'Espagne ». Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement tendu à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine, au cœur de vives tensions entre Madrid et Rabat. Les 30 et 31 juillet, plus de 72 000 personnes ont franchi illégalement la frontière depuis le Maroc, selon le ministère espagnol de l'Intérieur. Un mouvement sans précédent qui a fait des dizaines de morts et de disparus.
Le Real Madrid, qui avait accepté de participer à l'opération, semble assumer cette différence de position. Une source du club, citée par « El País », souligne que les joueurs peuvent avoir des « opinions et sensibilités personnelles » différentes de la position défendue par le club. Le quotidien AS précise que chaque joueur était libre de porter ou non le maillot.
Une crise politique aux répercussions européennes
La crise de Ceuta a également fragilisé le gouvernement espagnol. Le Premier ministre Pedro Sánchez, dépêché sur place au plus fort de la crise, avait dénoncé une « violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne ». Il avait ensuite assuré qu'aucune « preuve solide » ne permettait d'affirmer que le Maroc avait organisé ces arrivées, avant d'être contredit par un rapport de la police espagnole décrivant une « totale permissivité » des forces marocaines. La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a proposé de suspendre Schengen avec l'Espagne, tandis qu'Alice Weidel, dirigeante de l'AfD allemande, et Jordan Bardella ont également mis en cause la gestion espagnole des frontières.
La campagne « Todos somos caballas » avait déjà provoqué des remous avant Mbappé. Le FC Barcelone avait refusé d'y participer, tandis que l'international marocain du Betis Ez Abde avait été insulté et accusé de trahison après avoir porté le tee-shirt. Il avait dû préciser que son geste relevait d'un soutien « social » aux habitants de Ceuta et non d'une prise de position politique. Le président de la ligue de football professionnelle, Javier Tebas, a vu dans les critiques visant Abde un « dommage collatéral » de la crise, qualifiant les événements de Ceuta d'« invasion ».



