La maire de Menton, Alexandra Masson (Rassemblement National), a annoncé avoir signé un arrêté municipal luttant contre la « mendicité agressive » et la consommation d’alcool sur la voie publique. Cette mesure, prise le lundi 8 juin, vise à répondre de manière « ferme » aux troubles à l’ordre public signalés ces derniers mois par les commerçants et riverains.
Un arrêté ciblé sur certains comportements
L'arrêté interdit spécifiquement la mendicité agressive, et non passive, dans plusieurs secteurs de la ville : le centre-ville, le bord de mer et plusieurs artères commerçantes. Selon Alexandra Masson, ces zones concentrent davantage de personnes sans domicile et de troubles signalés par les habitants. « Depuis plusieurs mois, de nombreux commerçants, habitants et visiteurs nous alertent sur la multiplication des incivilités, de l’alcoolisation sur la voie publique et des comportements qui dégradent la qualité de vie », a-t-elle expliqué dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
Des professionnels locaux confirment cette situation. Un serveur de la rue Partouneaux témoigne : « Récemment, on a eu quelques problèmes avec des SDF qu’on n’avait encore jamais vus à Menton. Ils étaient alcoolisés et prenaient à partie les clients de manière assez agressive. » Un cafetier ajoute : « C’est arrivé qu’ils se battent ou qu’ils fassent leurs besoins devant tout le monde. Avec les fortes chaleurs, ça devient compliqué pour les clients comme pour nous. »
La maire précise que l'arrêté ne vise pas la simple présence de sans-abri, mais des comportements portant atteinte à la tranquillité, à l’hygiène ou à la sécurité. Depuis l'arrivée de la nouvelle équipe municipale, plusieurs opérations de nettoyage ont eu lieu, notamment le démantèlement de campements devant l’ancienne CPAM et place Élisée-Reclus. « Il s’agissait de faire comprendre qu’on ne pouvait pas laisser des matelas et des cartons dans la rue », insiste Alexandra Masson.
Des associations inquiètes
Cette politique suscite l'inquiétude des associations d'aide aux plus précaires. Amira, du groupe humanitaire Le Cœur sur la main et la patte Monaco-06, explique : « Ils sont tristes et en colère. La plupart vivent grâce à la mendicité. Les dons des passants leur permettent d’acheter quelque chose à se mettre sous la dent, des cigarettes ou autre. »
Le cadre légal distingue la simple mendicité de la demande d'argent sous contrainte. Le Code pénal punit de six mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende le fait de solliciter de l'argent en réunion et de manière agressive, ou sous la menace d'un animal dangereux. En mars 2026, le Comité européen des droits sociaux a estimé que ces arrêtés municipaux contreviennent à la charte sociale européenne. En mars 2025, la justice avait annulé un arrêté similaire pris par le maire de Nice, Christian Estrosi, en juin 2022.
Alexandra Masson assure vouloir rester « ferme face aux comportements qui troublent l’ordre public, mais humaine envers les personnes en situation de détresse ». Elle promet une approche pédagogique dans un premier temps.
Un accueil de nuit envisagé en 2027
La maire affirme vouloir accompagner cette mesure d'une réflexion plus large sur l'accueil des sans-abri. Selon des données du CCAS, leur nombre aurait été « multiplié par trois en trois ans » à Menton. La commune compterait environ 300 personnes sans domicile, dont 200 de passage et 100 présentes plus régulièrement, auxquelles s'ajoutent 200 personnes vivant dans leur véhicule.
« C’est énorme, souligne Alexandra Masson. On est l’une des communes du littoral à avoir eu la plus forte augmentation, sans qu’on arrive vraiment à comprendre pourquoi. » Pour y remédier, elle souhaite créer un accueil de nuit sécurisé, avec des professionnels qualifiés. « L’État nous accompagne dans ce projet, indique-t-elle. On devrait pouvoir l’ouvrir en 2027. »



