Ligne d'Azur : le DGA au salaire record répond aux critiques
Ligne d'Azur : le DGA au salaire record répond

Pierre Fiori, directeur général adjoint (DGA) de la régie Ligne d'Azur (RLA) à Nice, défend sa rémunération record et nie tout emploi fictif, alors que l'établissement public est secoué par un scandale financier. Il perçoit 160 000 euros brut annuels, soit le salaire le plus élevé de l'entreprise, et conteste les accusations portées par l'association AC !! Anti-Corruption.

Une plainte et un préjudice estimé à plus d'un million d'euros

Le 19 août 2026, l'association AC !! Anti-Corruption a déposé plainte auprès du procureur de Nice pour détournement de fonds publics, recel et prise illégale d'intérêts. Le préjudice financier est estimé à plus d'un million d'euros brut entre 2018 et 2026. Cette plainte s'ajoute à une enquête préliminaire ouverte le 10 septembre 2026 par le parquet de Nice, confiée au service interdépartemental de police judiciaire.

Recruté le 1er janvier 2018 comme chargé de mission, Pierre Fiori a bénéficié du coefficient 690 de la Convention collective nationale des transports urbains, le sommet de la grille. Sa rémunération initiale dépassait les 100 000 euros brut annuels, soit 22 % au-dessus du minimum conventionnel. Il a également obtenu une reprise d'ancienneté de quatorze ans, une hausse de 10 % au 1er janvier 2019, un véhicule avec carburant et télépéage illimité, ainsi que la prise en charge de ses déplacements. Entre janvier 2018 et mars 2026, son salaire global est passé de 100 000 à 160 000 euros brut annuels.

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Des avantages contestés et des missions questionnées

La plainte d'AC !! Anti-Corruption et des notes internes soulignent « l'absence de tout rapport stratégique », « de plan d'action » ou « de salarié sous son encadrement direct ». En 2025 puis en 2026, la directrice générale suspendue, Julie Reti, a alerté les présidents successifs Gaël Nofri et Bertrand Gasiglia sur les risques juridiques de cette situation. Elle a proposé un avenant révisant le salaire de Pierre Fiori et formalisant ses missions réelles, mais face à son refus et après instruction de stopper ses démarches le 2 juin 2026, elle a fait inscrire l'incident dans la cartographie des risques de la loi Sapin 2. Julie Reti a été écartée le 19 juin 2026 puis suspendue par le conseil d'administration le 8 juillet 2026, tandis que Pierre Fiori était nommé DGA avec des prérogatives élargies, notamment aux ressources humaines.

Pierre Fiori conteste fermement tout emploi fictif. Il met en avant vingt ans de carrière : « En 2003, je suis embauché au sein du groupe Veolia comme directeur du service Rapides Côte d'Azur Mobilité. » Il ajoute avoir été nommé en 2007 au siège de Veolia France pour piloter l'accessibilité et créer le service Mobil'Azur à Nice, avant de devenir directeur des ressources humaines d'Eau de Corse. Embauché à la régie Ligne d'Azur par « un cabinet de recrutement au terme d'une procédure d'un an », il était « chargé de mission transversale pour accompagner le directeur général et structurer l'établissement public ». Il présente une série de documents qu'il aurait réalisés pour prouver la réalité de son travail et justifie l'absence de dossiers présentés au comité exécutif car « ces réunions ne produisaient aucun ordre du jour et aucun compte rendu ».

Une rémunération justifiée par un parcours et des présidents qui se défaussent

Pour Pierre Fiori, être au sommet de la grille des rémunérations est normal : « Ce positionnement s'explique au regard du parcours qui a été le mien auparavant au sein du groupe Veolia. Mes missions étaient essentielles pour la régie. » Concernant son salaire et son ancienneté, il précise : « J'ai effectivement bénéficié d'une reprise d'ancienneté, comme c'est fait habituellement au sein de la régie. De janvier 2018 à mars 2026, je n'ai bénéficié que d'une seule augmentation de 10 %, en mars 2026 lors de ma nomination au poste de directeur général adjoint. Les autres augmentations relèvent exclusivement de celles prévues par la convention collective. » Il nie également avoir négocié une augmentation entre les deux tours des élections de 2026 pour compenser la perte d'indemnités d'élu, précisant « d'ailleurs je n'étais pas candidat ».

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Les présidents successifs de la régie déclinent toute responsabilité. Philippe Pradal, président de 2013 à 2022, affirme : « Les embauches de ce niveau-là ne sont pas de la compétence du président. Le président n'est compétent que pour une embauche : celle du directeur général. » Il ajoute que « la reprise d'ancienneté était une pratique usuelle pour quelqu'un qui avait déjà travaillé dans le domaine du transport public ». Gaël Nofri, président de 2022 à 2026, indique : « Quand je suis arrivé, Pierre Fiori était déjà recruté. Il avait le salaire le plus haut qui correspondait à la rémunération qu'il avait dans le groupe Veolia. » Il insiste : « J'ai demandé aux trois directeurs généraux successifs de toujours veiller à ce que les heures soient déclarées, encadrées et contrôlées. Je n'ai jamais moi-même traité ni les questions d'avancement, ni de promotion, ni de salaire. » Bertrand Gasiglia, président depuis le 18 mai 2026, déclare : « J'avais la liste des salaires des cadres. Mais ce n'est pas de mon pouvoir de donner des salaires. » Il conclut : « Si des faits irréguliers étaient révélés par la justice, je prendrai toutes les mesures qui s'imposent. »

Une enquête préliminaire et cinq audits en cours

La régie Ligne d'Azur, forte de 1 800 salariés et d'un budget de 250 millions d'euros, le plus gros de la Métropole Nice Côte d'Azur, traverse une crise historique sur fond de soupçons de dérives financières et de « cogestion » avec la CGT. Visée par plusieurs plaintes, l'entreprise fait face à de graves accusations dont des soupçons d'emplois fictifs, plus de 5 000 heures de délégations syndicales injustifiées en 2025 et une opacité de son Comité social et économique. Cinq audits sont en cours : celui visant les comptes du Comité social et économique, lancé en avril 2026, doit être restitué mi-octobre 2026 ; l'examen du volet social, lancé en juillet 2026, devrait être livré fin décembre 2026 ; l'audit d'exploitation, lancé en août 2026, pour une restitution mi-décembre 2026 ; l'enquête interne sur l'organisation de la maintenance et du lavage des bus et des tramways, lancée en septembre 2026, sera restituée mi-décembre 2026 ; et l'audit sur les coûts de production, entamé en septembre 2026, sera bouclé mi-novembre 2026.