Interpol identifie une femme grâce à la campagne « Identify Me »
Interpol identifie une femme via « Identify Me »

Un soutien-gorge rouge, un débardeur, une couronne dentaire et un portrait-robot. Depuis 2005, date de la découverte d’un corps mutilé dans un bidon en Moselle, les éléments pour identifier la « femme à la couronne dentaire Richmond » sont restés maigres. Pourtant, Interpol a annoncé ce mercredi l’identification d’Hakima Boukerouis ainsi que l’interpellation d’un suspect en lien avec le meurtre.

Une première arrestation pour la campagne « Identify Me »

Cette arrestation est la première dans le cadre de la campagne « Identify Me ». Lancée en 2023, elle ambitionne de redonner leur nom à 47 femmes assassinées ou mortes dans des circonstances suspectes en Europe ces dernières décennies. Hakima Boukerouis est la cinquième femme à retrouver son identité depuis le lancement de ce dispositif.

La « femme à la couronne dentaire Richmond » avait été découverte dans un tonneau de récupération de pluie le 7 janvier 2005. Plus de vingt ans plus tard, elle a enfin été identifiée.

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Tatouages et clefs de l’énigme

La mécanique d'« Identify Me » repose sur un adage connu des cold case : quelqu’un, quelque part, sait quelque chose. Et en touchant suffisamment de monde, un détail peut faire toute la différence. « Le portrait-robot ou lorsque le visage apparaît un peu déformé n’est pas forcément aussi évocateur pour le grand public que d’autres éléments comme des tatouages ou des bijoux », explique Jacques Dallest, magistrat français auteur de Cold case, un magistrat enquête. C’est pourquoi « Identify Me » met en évidence ces éléments sur son site Internet.

Et ça fonctionne. Dans le cadre de cette campagne, « nous sommes à plus de 5 000 messages sur l’ensemble des 46 affaires », explique à BFMTV François-Xavier Laurent, docteur en génétique chez Interpol. Soit une centaine de messages en moyenne par dossier. Quelques fois, l’objet mis en avant donne des informations sur la vie d’une victime, comme pour Eva Maria Pommer, identifiée en 2025 par le dispositif. Surnommée la « femme aux clefs allemandes », ce sont justement ses clefs qui ont permis de trouver, grâce au public, plusieurs adresses possibles et identifier la jeune femme.

Des enquêtes à travers six pays

Dans d’autres cas, ce sont les familles qui font le premier pas. « Ils nous contactent en nous disant que la reconstruction faciale correspond à leur fille qui a disparu depuis une dizaine d’années », explique l’expert d’Interpol à BFMTV. L’agence peut alors s’appuyer sur ses bases ADN pour effectuer une comparaison de profil génétique. Dans le cas d’Hakima Boukerouis, c’est justement un rapprochement ADN par parentèle (donc une comparaison avec l’ADN d’un proche) qui a permis de l’identifier formellement.

Ici, la dimension européenne est centrale. Certaines de ces femmes, issues de réseaux de prostitution itinérants ou en rupture familiale, circulaient d’un pays à l’autre. « Dans ces cas-là, la famille ne sait parfois même plus ce qu’est devenue leur proche », note Jacques Dallest. Et même lorsque la famille a signalé la disparition, si le signalement et la découverte du corps ne se font pas dans le même pays, les rapprochements sont plus compliqués.

Travailler « à partir de la victime »

Ce processus d’identification s’avère pourtant essentiel à l’enquête. « C’est toujours à partir de la victime que l’on travaille, rappelle Jacques Dallest. Dans les crimes de sang, l’auteur est fréquemment un proche, il fait partie de la famille, c’est le conjoint ou l’ex-conjoint. Bien plus rarement une mauvaise rencontre. Mettre un nom sur une victime, c’est ouvrir potentiellement la voie vers le mobile et le suspect. »

Ce serait d’ailleurs le cas de l’affaire Boukerouis, selon Le Républicain Lorrain. Le suspect interpellé en juin dernier serait son mari, soupçonné d’avoir commandité son meurtre il y a plus de vingt ans. Mis en examen et écroué, il a depuis été remis en liberté sous contrôle judiciaire en raison de son âge et de son état de santé. Les enquêteurs n’étaient pas parvenus à remonter jusqu’à lui avant de connaître l’identité de la victime.

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« Plus le temps passe, plus c’est compliqué »

L’identification de la « femme à la couronne dentaire Richmond » constitue une victoire, pour ses proches mais aussi pour les enquêteurs. Mais sur les 47 portraits-robots, 42 restent anonymes. Et « plus le temps passe, plus c’est compliqué, souligne Jacques Dallest. Avoir l’ADN, c’est déjà bien, mais ce n’est pas suffisant. Il faut comparer avec quelque chose et plus le temps passe, plus les membres de la famille peuvent disparaître. Sur cette petite cinquantaine d’affaires, un grand nombre n’avancera malheureusement pas. » Pour « la globe-trotteuse », « l’introvertie » ou « la jeune fille dans le Main », le combat contre l’oubli continue.

Un bijou, un tatouage ou un vêtement vous rappelle quelqu’un ? Vous pouvez consulter les 42 dossiers encore non résolus et témoigner directement sur le portail d’Interpol. Votre aide, même anonyme, peut tout changer.