Des députés britanniques réclament l'interdiction de Masha et Michka
Interdiction de Masha et Michka réclamée par des députés

Une cinquantaine de députés britanniques, toutes tendances politiques confondues, ont adressé une lettre ouverte à la ministre de la Culture, Lisa Nandy, pour exiger le retrait du dessin animé pour enfants « Masha et Michka » des plateformes de streaming Netflix et ITVX. Ils dénoncent une « militarisation des esprits » des jeunes enfants, selon des informations rapportées par le journal The Guardian.

Une lettre transpartisane contre une série populaire

La lettre, portée par le député libéral-démocrate Tom Gordon, pointe notamment l'épisode « On ne passe pas », dans lequel Masha monte la garde devant le potager de l'ours, coiffée d'une casquette verte à bande bleue et étoile rouge, rappelant celle des gardes-frontières ou du NKVD, la police politique de l'époque stalinienne. Les députés estiment que la série, diffusée depuis 2009, normalise l'imagerie militaire russe, allant jusqu'à attribuer à Masha un casque de conducteur de tank dans d'autres scènes.

La série, qui compte plus de 12 millions d'abonnés sur YouTube, est extrêmement populaire auprès des tout-petits. L'ours, ancienne star de cirque, et la petite fille espiègle, coiffée d'un foulard traditionnel russe, sont-ils des ambassadeurs de la Russie poutinienne ? C'est ce que craignent les élus britanniques.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une longue tradition de propagande animée

Cette inquiétude n'est pas nouvelle. En 2017, le journal Libération s'interrogeait déjà sur cet « outil de soft power russe », tandis que le quotidien finlandais Helsingin Sanomat citait Priit Hõbemägi, alors maître de conférences en communication à l'université de Tallinn, pour qui il s'agissait de « lavage de cerveau » et d'un « élément d'influence hybride, où une image négative de la Russie est remplacée par une image positive ». Un an plus tard, le Times évoquait la diffusion d'un message pro-Poutine dans les agissements des deux comparses.

La Russie utilise effectivement l'animation pour toucher le jeune public. « La Russie a une longue tradition d'utilisation de l'animation pour véhiculer des messages politiques, et le jeune public est clairement une cible pour façonner l'opinion future », décrypte Carole Grimaud, chercheuse en sciences de l'information et spécialiste de la Russie.

Des exemples concrets de propagande animée

En 2024, la chaîne pour enfants néerlandaise BabyTV a été piratée à deux reprises pour y diffuser des images de défilés militaires russes et d'acclamation de Vladimir Poutine. En Afrique, le groupe paramilitaire Wagner a produit à partir de 2019 un dessin animé mettant en scène un ours (représentant la Russie) venant secourir un éléphant face à des hyènes, symbolisant la France et l'Occident.

En mai 2025, le présentateur vedette de la télévision d'État Vladimir Solovyov annonçait « SolovievKids », une série animée parodique conçue via l'intelligence artificielle, représentant les dirigeants occidentaux en bébés et diffusant une vision poutinienne de l'actualité géopolitique internationale. Les Russes ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir utilisé le dessin animé à des fins politiques : l'exemple historique le plus connu est probablement la production par Disney de « Der Fuehrer's Face » (où Donald Duck cauchemarde qu'il travaille dans une usine nazie) durant la Seconde Guerre mondiale.

Une réaction disproportionnée ?

Le studio Animaccord, qui produit la série, rejette fermement ces accusations. L'entreprise précise s'être entièrement délocalisée hors de Russie et affirme ne recevoir aucun financement de l'État russe. Dans une tribune publiée dans The Spectator, l'historien politologue britannique Mark Galeotti a fustigé la démarche des députés, qu'il estime « absurde » et contre-productive, alors que la véritable désinformation du Kremlin existe.

« Quand on est très jeune enfant, voir des uniformes soviétiques, américains ou britanniques, je ne pense pas que ça ait vraiment un effet, en tout cas pas autant que d'autres cas de désinformation. Et puis, dans ce cas, est-ce qu'il ne faut plus lire Dostoïevski, de la littérature russe ? Ça va peut-être un petit peu loin », abonde Carole Grimaud.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Pour le moment, la ministre Lisa Nandy ne s'est pas exprimée publiquement sur cette demande, et la série est toujours regardable par les enfants britanniques. En France, Masha et Michka fait partie du catalogue de France Télévisions. Interrogé, le directeur de l'animation et de la jeunesse Pierre Siracusa a assuré que la chaîne suivait « avec attention » ces débats, tout en ajoutant : « Masha et Michka est diffusé pour ses qualités d'animation et de divertissement, sans intention de porter un message politique. A ce jour, FTV n'envisage pas d'interrompre sa diffusion. » La petite fille facétieuse n'est donc pas près d'arrêter ses bêtises sur les écrans de vos enfants.