Un peu plus de trois semaines après le drame survenu dans un institut de beauté de la rue Auguste-Pégurier, dans l'ouest de Nice, la défense de la femme soupçonnée d'avoir pratiqué l'injection mortelle monte au créneau. Me Paul Sollacaro, pénaliste niçois, s'oppose au transfert annoncé de sa cliente, actuellement incarcérée au quartier des femmes de la maison d'arrêt de Nice, vers celle des Baumettes, à Marseille. La trentenaire est détenue depuis le mercredi 29 juillet, date à laquelle elle a été mise en examen et placée en détention provisoire. Une première incarcération pour cette mère de famille au casier judiciaire vierge, précise son avocat.
Un transfert brutal et contesté
« On n'avait pas contesté le placement en détention », explique Me Sollacaro. Jusqu'à présent, son maintien à Nice permettait également, selon lui, de conserver une proximité avec sa famille et de faciliter l'exercice de sa défense. Mais l'avocat affirme avoir appris récemment la volonté de la juge d'instruction de transférer sa cliente aux Baumettes. « De manière totalement brutale pour nous, comme pour elle », dénonce-t-il.
Selon Me Sollacaro, cette décision serait motivée par l'existence d'un risque de collusion entre sa cliente et la propriétaire de l'institut, elle aussi détenue à la maison d'arrêt de Nice. En matière judiciaire, ce risque désigne la possibilité que plusieurs personnes impliquées dans une même affaire puissent communiquer et se concerter afin, par exemple, d'accorder leurs versions ou de faire obstacle à la manifestation de la vérité. Empêcher une concertation frauduleuse entre une personne mise en examen et ses coauteurs ou complices constitue notamment l'un des motifs prévus par la loi pour justifier une détention provisoire.
Un risque de collusion jugé infondé
Mais Me Sollacaro ne comprend pas que cet argument puisse être avancé aujourd'hui. Il rappelle que les deux femmes se trouvaient ensemble le lundi 27 juillet, au moment du drame, et qu'elles ont attendu ensemble l'arrivée des secours puis des services de police. Elles ont ensuite été placées en garde à vue à la caserne Auvare. Selon l'avocat, elles se sont également retrouvées ensemble dans les geôles du palais de justice de Nice pendant quasiment toute une nuit.
« C'est un dossier dont les détails ont été largement relatés dans la presse. Comment évoquer un risque de collusion dans un dossier qui est dans les journaux ? », s'interroge-t-il. D'autant que, souligne la défense, sa cliente et la propriétaire de l'institut sont toutes les deux détenues à Nice depuis le 29 juillet.
Un traitement dénoncé comme inéquitable
Me Sollacaro dénonce plus largement la manière dont sa cliente serait traitée dans cette procédure. « La juge semble prendre ce dossier de manière très personnelle pour une raison que j'ignore », affirme l'avocat. « Il y a un traitement extrêmement particulier pour ma cliente qui me choque. Je ne peux pas accepter qu'elle soit incarcérée aux Baumettes. C'est un problème pour elle, sa famille et la défense », poursuit-il. Et l'avocat va plus loin dans la comparaison : « On traite mieux les trafiquants de stupéfiants. »
Face à ce projet de transfert, Me Paul Sollacaro annonce qu'il va désormais déposer une demande de mise en liberté de sa cliente. « Il y a d'autres alternatives que la détention », estime-t-il.
Les faits du drame du 27 juillet
L'affaire avait débuté lundi 27 juillet, en début d'après-midi, dans un institut de beauté de la rue Auguste-Pégurier, dans l'ouest de Nice. Une jeune femme de 25 ans s'était rendue dans l'établissement pour recevoir des injections de Botox au niveau des fesses. Selon les éléments communiqués quelques jours plus tard par le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, elle avait fait un malaise après une première injection de lidocaïne, un produit anesthésiant. Malgré l'intervention des secours, elle n'avait pas pu être réanimée.
La gérante de l'établissement et la femme soupçonnée d'avoir réalisé l'injection avaient rapidement été placées en garde à vue. Le mardi 28 juillet, le mari de cette dernière, qui avait emporté des produits après le drame avant de les remettre aux enquêteurs, avait également été placé en garde à vue. Lors de la perquisition de l'institut, les policiers avaient découvert de nombreux médicaments, seringues et produits injectables, dont certains étaient présentés par le parquet comme provenant manifestement d'Asie.
Selon les éléments alors communiqués par le procureur, la femme soupçonnée d'avoir pratiqué l'injection ne disposait d'aucune formation spécifique et intervenait par bouche-à-oreille depuis 2022. Installée en région parisienne et en vacances dans le Var, elle avait été sollicitée par la gérante de l'établissement niçois. À l'issue des gardes à vue, mercredi 29 juillet, une information judiciaire avait été ouverte notamment pour homicide involontaire, mise en danger d'autrui et exercice illégal de la profession de médecin. Les deux femmes avaient été placées en détention provisoire. Le mari de la praticienne avait, lui, été placé sous contrôle judiciaire.



