Une infirmière libérale de 54 ans, Gaëlle M., a été condamnée par le tribunal judiciaire de Grasse pour avoir détourné près de 1,8 million d'euros auprès de 24 caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) entre 2021 et 2025. L'ampleur de la fraude, qualifiée de « hors norme » par les enquêteurs, a été révélée à la suite d'un signalement anodin.
Des actes fictifs facturés pendant quatre ans
L'infirmière, qui exerçait à Paris puis à Antibes, facturait des actes médicaux fictifs pour percevoir indûment des remboursements. Elle a ciblé 24 CPAM sur tout le territoire, notamment celle des Alpes-Maritimes (577 199 euros) et celle du Loiret (219 583 euros). Selon la procureure Sophie Cornélius, « elle a multiplié et dispersé les faux actes pour ne pas se faire prendre ». La prévenue utilisait des feuilles de soins vierges et des ordonnances trafiquées, ainsi que des identifiants de patients obtenus via Dropbox d'anciens associés.
Une cavale avortée et des justifications familiales
Interceptée le 21 mai dernier à son domicile alors qu'elle préparait son départ pour la Suisse, Gaëlle M. a comparu devant la présidente Stéphanie Lochon-Dallet. Poursuivie pour escroquerie, elle encourrait sept ans de prison. « Pour quelqu'un dont c'est le métier de prendre soin des autres, on ne s'attend pas à un tel comportement », a déclaré la magistrate. La prévenue a reconnu les faits mais contesté le montant total. Elle a affirmé : « J'ai volé les Français, cela ne me ressemble pas, ce n'est pas compatible avec mon métier. » Elle a justifié ses actes par des « soucis familiaux » et une tentative de fuir un ex-conjoint adultérin.
Un butin disparu et une vie améliorée
Sur le montant détourné, 160 000 euros ont été virés sur les comptes de deux de ses trois enfants. « Mais où est passé l'argent ? Tout est parti en fumée ! », s'est exclamée la procureure. L'infirmière assure ne pas s'être enrichie personnellement, mais selon l'accusation, elle a « amélioré de façon considérable » son train de vie. La défense, représentée par Me Julie Schlembach, a contesté le montant et le renvoi sur intérêts civils, évoquant un possible butin caché en Suisse.
Condamnation sévère et interdiction d'exercer
Gaëlle M. a été condamnée à 3 ans de prison, dont un an avec sursis probatoire de 3 ans, et à une interdiction définitive d'exercer le métier d'infirmière. Elle est maintenue en détention pour la peine ferme de 2 ans. Cette affaire met en lumière les failles du système de remboursement des actes médicaux et la difficulté de détecter les fraudes à temps.



