Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé, mardi 4 août, que 402 personnes ont été interpellées en lien avec les incendies en France depuis le début de l'été. Sur ces 402 personnes, 156 sont mineures, et 36 sont en détention, soit condamnées, soit en attente de jugement. Ces chiffres ont été dévoilés lors d'un point de situation au Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic), place Beauvau à Paris.
Un bilan estival lourd : 14 540 feux et 120 000 hectares brûlés
Depuis le début de la saison, la France a enregistré 14 540 feux ou départs de feu, pour une superficie brûlée de 120 000 hectares, a précisé Laurent Nuñez, tout en assurant que « la situation s'améliore ». Neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine, la foudre représentant une part importante des 10 % restants. Les plus grands incendies de la saison sont néanmoins d'origine accidentelle, comme celui de Saumos en Gironde, déclaré le 22 juillet, qui aurait été déclenché lors d'une opération de débroussaillage par un sous-traitant d'Enedis.
Malgré ces origines accidentelles, des individus ont profité de la situation pour allumer des feux volontaires. À Saumos, deux personnes ont été interpellées : un homme, brancardier, qui a « mis le feu à des arbustes », et un adolescent de 15 ans, interpellé alors qu'il « venait de mettre le feu à des broussailles à proximité du foyer où il était placé », selon Ouest-France.
Des incidents en marge des incendies majeurs
Le même scénario s'est produit à Fontainebleau, où l'incendie qui a ravagé environ 2 000 hectares de forêt en Seine-et-Marne semble avoir été provoqué accidentellement par des ouvriers. Deux hommes sont poursuivis pour « destruction involontaire par incendie, […] par manquement à une obligation de sécurité ou de prudence », selon la procureure de la République de Fontainebleau, Diane Ngomsik-Kamgang. En marge, deux hommes de 18 ans, un étudiant en droit et un sapeur-pompier volontaire, ont admis être à l'origine de départs de feu distincts, selon BFMTV. Ils ont été mis en examen et placés en détention provisoire.
Dans le Var, la piste volontaire est écartée pour l'incendie principal du massif du Gros Bessillon, mais l'hypothèse de mises à feu volontaires est sérieusement envisagée pour la reprise d'incendie qui a démarré vendredi au sud du brasier principal, selon le parquet de Draguignan. Un homme de 23 ans est soupçonné d'avoir provoqué une dizaine de départs de feu entre le 19 et le 24 juillet ; arrêté le 25 juillet, il a été mis en examen et placé en détention provisoire.
Des mineurs parmi les auteurs, parfois très jeunes
Parmi les 402 interpellés, 156 sont des mineurs. « Ça fait partie des auteurs réguliers que l'on rencontre. Il y a ceux qui veulent simplement s'amuser et qui peuvent être très jeunes. Récemment, à Toulon, nous avons eu un enfant de 12 ans », a confié mardi Raphaël Balland, procureur de la République de Toulon, à RMC. En Bretagne, les gendarmes ont arrêté un mineur soupçonné d'avoir allumé deux feux de broussailles à Damgan, dans le Morbihan ; il a été placé sous contrôle judiciaire, rapporte France 3 Bretagne.
Une réponse pénale ferme et des condamnations exemplaires
Le gouvernement affiche une volonté de sévérité. Laurent Nuñez a martelé un « message d'extrême fermeté », indiquant que dans 70 % des cas, le départ de feu est volontaire. « Les procureurs ont une politique pénale extrêmement répressive », a-t-il assuré. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin aurait également demandé aux parquets d'apporter une réponse ferme aux suspects déférés, selon RMC.
Des jugements ont déjà eu lieu en comparution immédiate. Le 20 juillet, un homme de 36 ans a été condamné à dix-huit mois de prison dont six mois ferme par le tribunal de Perpignan, rapporte France 3 Occitanie. L'homme, autiste et alcoolique, a mis le feu à un sac rempli de déchets et brûlé 100 mètres carrés de végétation dans les Pyrénées-Orientales. Une semaine plus tard, le tribunal de Clermont-Ferrand a condamné un homme de 27 ans à six mois de prison ferme, selon La République du Centre. Le jeune homme avait allumé le feu « sur un coup de tête » à Gignat, détruisant une dizaine d'hectares de végétation.
Dans l'Allier, le tribunal de Moulins a condamné le 28 juillet deux hommes de 29 et 39 ans à respectivement 18 mois de prison ferme et 6 mois avec sursis. Ils ont provoqué un incendie qui a ravagé 74 hectares en transportant une caravane sans pneus, décrit Ouest-France. Le même jour, un homme de 34 ans a été condamné par le tribunal de Mont-de-Marsan pour avoir déclenché deux incendies près de Biscarrosse à quatre ans de prison dont 18 mois de sursis probatoire, alors que les pompiers luttaient contre un feu dans les Landes, écrit Ici Gascogne. Cet homme, un sans-domicile fixe multicondamné, a jeté deux mégots par la fenêtre de sa voiture.



