Bacha Kamel, 52 ans, et John Tancray, 27 ans, font partie des six blessés de la fusillade survenue lundi 11 mai aux Moulins, à Nice. Cette attaque a coûté la vie à Ahmed, 57 ans, et Adilson, 39 ans. Hospitalisés, ils témoignent d'un profond sentiment d'abandon et de stigmatisation.
Un traumatisme qui persiste
Les nuits sont particulièrement difficiles pour les deux hommes. Les images de la fusillade défilent en boucle dans leur esprit, les empêchant de trouver le sommeil. Pour éviter le silence et les souvenirs des détonations, ils laissent la télévision allumée en permanence. Bacha Kamel se souvient avec précision du moment où tout a basculé : « On était assis sur des chaises devant le Palais sucré, on prenait un café, on parlait de foot, du match de l'OGC Nice face à Lens. Et d'un coup j'entends quelqu'un crier : « Il a une arme ! » Je me lève et je vois un type d'un mètre 88 avec une perruque violette qui nous vise. » L'auteur des tirs, arrivé en trottinette, a ouvert le feu à 17 reprises avec un calibre 7,62. Bacha a été touché au bras et à la jambe. Il se rappelle les derniers mots d'Ahmed : « Il m'a regardé et a dit : « Bacha, mes enfants ! » ».
Un sentiment de double peine
Bacha et John reconnaissent avoir un casier judiciaire, mais ils insistent sur le fait qu'ils n'ont aucun lien avec le trafic de stupéfiants aux Moulins. « Nous n'avons aucun rapport avec le trafic de stupéfiants aux Moulins ! C'est un attentat. Mais c'est comme si nous n'étions pas des victimes. Depuis une semaine, personne ne nous a contactés, rien. Comme si on avait mis dans le même sac tout le monde… » déplorent-ils. Ils ressentent une « condamnation sociale » qui s'ajoute au traumatisme. « Ce n'est pas parce qu'on est issus des quartiers que l'on est habitués à se faire tirer dessus, c'est comme si on n'était pas des êtres humains… On a besoin de parler de ce qu'il s'est passé. »
Des inquiétudes pour l'avenir
Les deux hommes doivent quitter le CHU de Nice, mais ils ne savent pas où aller. Bacha, qui perçoit le RSA et a emménagé dans un logement non meublé il y a deux mois, n'est pas autonome : « Je ne suis pas autonome, comment je peux faire ? Je suis au RSA, j'ai obtenu ce logement il y a deux mois. Il n'est même pas encore meublé… » Il raconte des échanges tendus avec des référents de l'hôpital, qui lui ont parlé du coût de la chambre. « Mais moi je n'ai pas demandé à me faire tirer dessus… J'aimerais bien retrouver une vie tranquille. » John, touché par quatre balles, pourrait ne plus pouvoir marcher : « Je ne sais pas tout, mais on m'a dit que je ne pourrai plus utiliser mes jambes… » Ils souhaitent intégrer une structure permettant un suivi médical et psychologique, mais on leur a dit qu'il n'y avait pas de places pour eux en raison de la fusillade.
La réponse du CHU
Le Centre hospitalier universitaire de Nice a répondu par écrit : « Les deux patients ont été pris en charge par les équipes du CHU. À ce stade, un seul d'entre eux nécessite, selon les avis médicaux, un suivi en centre de rééducation. Le CHU a engagé les démarches nécessaires afin de trouver une place adaptée dans une structure spécialisée pour assurer la continuité de sa prise en charge dans les meilleures conditions. »



