Un homme de 39 ans a été mis en examen pour assassinat mercredi 17 juillet à Évreux (Eure), après avoir tué par balle son ex-compagne, âgée de 37 ans. Le drame s'est déroulé mardi soir dans le quartier de La Madeleine. Selon le parquet d'Évreux, la victime avait déjà été victime d'une tentative d'homicide de la part du même homme en 2022.
Un drame sur fond de séparation récente
Les faits se sont produits vers 22 heures, dans un appartement du quartier de La Madeleine. L'homme, qui avait quitté le domicile conjugal quelques semaines plus tôt, s'est présenté armé d'un fusil de chasse chez son ex-compagne. Il a fait feu à plusieurs reprises, atteignant mortellement la mère de ses deux enfants. Les voisins, alertés par les détonations, ont prévenu les secours. À leur arrivée, la femme était déjà décédée.
Le suspect a été interpellé peu après les faits, alors qu'il tentait de prendre la fuite à pied. Il a été placé en garde à vue et présenté à un juge d'instruction jeudi. Le parquet a requis sa mise en examen pour assassinat, en raison de la préméditation caractérisée par l'achat récent de l'arme et les menaces proférées à l'encontre de la victime.
Une première tentative d'homicide en 2022
L'affaire prend une dimension particulièrement tragique au regard des antécédents. En 2022, le même homme avait déjà tenté de tuer son ex-compagne, alors qu'elle venait de mettre fin à leur relation. Il l'avait frappée à plusieurs reprises et tenté de l'étrangler, avant d'être interrompu par l'arrivée de voisins. Condamné à trois ans de prison, dont un an avec sursis, il avait été libéré après avoir purgé sa peine.
Malgré cette condamnation, la victime n'avait pas obtenu de protection spécifique. Selon une source proche du dossier, elle n'avait pas porté plainte après la tentative de 2022, les poursuites ayant été engagées d'office. L'homme avait également été suivi par un psychologue pendant sa détention, mais aucun suivi post-carcéral n'avait été mis en place.
Un féminicide de plus dans un contexte de violences conjugales
Ce drame porte à 71 le nombre de féminicides en France depuis le début de l'année 2026, selon le collectif Nous Toutes. Dans l'Eure, c'est le troisième féminicide recensé en 2026. La préfecture de l'Eure a annoncé le déploiement d'une cellule d'urgence médico-psychologique pour les proches de la victime, notamment ses deux enfants âgés de 8 et 11 ans.
Le maire d'Évreux, Guy Lefrand, a exprimé sa consternation : "C'est une tragédie insupportable. Nous devons renforcer la protection des femmes victimes de violences conjugales, en particulier lorsqu'elles ont déjà été menacées de mort."
La question de la récidive au cœur des débats
Ce féminicide relance le débat sur la récidive des auteurs de violences conjugales. Selon une étude du ministère de la Justice publiée en 2025, 23 % des hommes condamnés pour violences conjugales récidivent dans les cinq ans. Dans ce cas, la tentative d'homicide de 2022 n'avait pas donné lieu à un suivi renforcé après la libération.
L'avocate de la famille de la victime, Me Sarah Rousseau, a dénoncé un "échec de la justice" : "Mon client avait déjà essayé de la tuer. Il a été condamné, mais rien n'a été fait pour protéger cette femme. Aujourd'hui, elle est morte." Le parquet d'Évreux a indiqué qu'une enquête administrative serait ouverte pour déterminer si des failles dans le suivi ont pu contribuer à ce drame.
Une enquête en cours
L'enquête, confiée à la police judiciaire d'Évreux, devra déterminer les circonstances exactes du drame et notamment comment l'homme s'est procuré l'arme. Le mis en cause, déjà connu des services de police pour des faits de violence, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Une marche blanche en hommage à la victime est prévue samedi après-midi à Évreux, à l'appel d'associations féministes. La famille de la victime a appelé à un rassemblement pour "dire non aux féminicides et exiger des mesures concrètes".



