Le réseau national d'épilation au laser Epil House, vanté par des influenceurs sur les réseaux sociaux, est au cœur d'un scandale. Cent vingt-six plaintes ont été regroupées et déposées à Paris par des clientes, dénonçant des brûlures, des escroqueries et des pratiques commerciales trompeuses. Selon le collectif d'Aide aux victimes d'influenceurs (AVI), l'affaire ne se limite pas à ces 126 plaintes : 268 clientes mettent en cause les centres Epil House.
Des blessures graves et des séquelles durables
Me Rebecca Lahoud-Heilbronner, avocate des plaignantes, souligne auprès de l'AFP la « gravité de certaines blessures qui ont engendré des séquelles à long terme, notamment dans des zones intimes ». Isabelle, une quinquagénaire, témoigne : elle conserve des cicatrices visibles aux avant-bras, malgré des tatouages pour tenter de les dissimuler. « Quand les gens regardent, j’ai la sensation d’être une bête de foire », raconte-t-elle. Lors de sa troisième séance en région parisienne, « c’est parti vraiment en vrille ». Elle décrit un manque d'hygiène total : « Pas d’hygiène, pas de papier sur le siège, pas de désinfection, rien du tout ». Le laser a été « mis au max », provoquant « des marques rouges, couleur sang ». Le personnel l'a traitée de « douillette ». Son médecin a diagnostiqué « une brûlure entre le second et le troisième degré ».
Un système de fermetures soudaines et de menaces
D'autres clientes dénoncent des prestations interrompues après la fermeture soudaine de centres, malgré des forfaits réglés à l'avance, comme révélé par Le Parisien. Isabelle a été baladée entre différentes agences d'Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne et Clichy. Lorsqu'elle a réussi à joindre une interlocutrice, elle a reçu des menaces : « Je sais où tu habites, j’ai ton adresse, je vais t’envoyer un groupe, on va te démonter ! »
Un personnel non qualifié et des influenceurs mis en cause
Jean-Baptiste Boisseau, porte-parole d'AVI, dénonce « le caractère systémique du problème puisque, malheureusement, Epil House n’est pas le seul dossier » avec du personnel utilisant « du laser sans avoir les qualifications, ce qui est dangereux ». François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques, déplore : « Dans ces centres Epil House, la “technicienne”, je ne sais pas comment l’appeler, change en permanence et ce qui revient c’est, aucune compétence, aucune qualification ». Il ajoute : « Nous avons alerté les pouvoirs publics, mais à leur décharge, c’est une directive européenne qui permet ce type de laissez-aller sur les lasers ». Isabelle confirme que sa « laseriste » a changé dès le second rendez-vous.
AVI accompagne les 126 plaignantes, dont 32 font état de brûlures. Des influenceurs ont fait la promotion d'Epil House sur leurs réseaux. Isabelle confie avoir été « agrippée » par un message de l'influenceur Aqababe, clamant que « c’était neuf, que les appareils fonctionnaient bien et tout ». Epil House lui a accordé une « réduction pour les gens qui viennent de (la) part d’un influenceur ». Dans la plainte, Me Lahoud-Heilbronner estime « qu’il conviendra également d’interroger le rôle des influenceurs ». Les influenceurs Anissa Two Sisters, Poupette Kenza, Maeva Ghennam, Marwa Merazka, Milla Jasmine, Soukaina Two Sisters, Sarah Fraisou, Selma & Sofiane, Ruby Nikara, mentionnés par AVI, n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP. L'avocat d'Aqababe n'a pas donné suite.
Des centres fermés et des responsables recherchés
Les trois centres qu'Isabelle a fréquentés en région parisienne ont cessé leur activité les uns après les autres. Elle passe souvent devant celui d'Argenteuil où le courrier s'entasse sous le rideau métallique. Ses réclamations sont restées lettre morte. Les derniers signes d'activité du réseau Epil House sur les réseaux sociaux remontent à l'été 2025. Sollicité par mail, le réseau n'a pas répondu. « Les plaignantes attendent surtout de savoir qui sont les responsables de telles pratiques car aujourd’hui nous avons plus de 200 victimes qui souhaitent savoir à qui demander des comptes », expose Me Lahoud-Heilbronner. La plainte a été déposée contre X, mais « l’affaire ne se limite toutefois pas aux 126 plaintes déposées : à ce jour, 268 clientes mettent en cause les centres Epil House », souligne AVI.
Jean-Baptiste Boisseau conclut : il y a une « construction un petit peu mafieuse de ces réseaux qui se montent très rapidement, qui arrivent à faire venir très rapidement beaucoup de gens et beaucoup de cash, et après, tout le monde disparaît dans la nature ».



