In Waves et Le Tombeau des lucioles : deux mélos d'animation poignants
In Waves et Le Tombeau des lucioles : deux mélos animés

Pleurer à chaudes larmes devant un film d’animation n’est pas rare. In Waves de Phuong Mai Nguyen, présenté en ouverture de la Semaine cannoise puis au Festival d’Annecy, en est un bon exemple : ce mélodrame transforme le spectateur en éponge détrempée, et c’est un compliment, car ressentir des émotions intenses est ce que l’on attend du cinéma, quel que soit le médium employé. Il est regrettable que le film soit reparti bredouille des deux festivals.

Des histoires vraies au cœur de l’animation

In Waves s’inspire du roman graphique d’AJ Dungo (paru chez Casterman). Ce récit autobiographique évoque la vie et la mort d’une jeune surfeuse condamnée par une maladie incurable. Son petit ami AJ Dungo lui rend un hommage à la fois bouleversant et solaire, dont la jeune réalisatrice a su retrouver l’esprit pour un long métrage superbe. Par coïncidence, un classique du mélo animé, Le Tombeau des lucioles (1988) d’Isao Takahata, ressort en salle ce mercredi. Là encore, le film est basé sur un récit autobiographique d’Akiyuki Nosaka. Préparez vos mouchoirs !

« J’ai essayé de retranscrire l’histoire de quelqu’un qui a écrit son livre en mettant tout son cœur dedans », explique Phuong Mai Nguyen. La force de son film est d’être à la fois très joyeux et très grave pour raconter une histoire vraie. « J’ai pas mal discuté avec l’auteur, explique la réalisatrice. Il m’a dit quelque chose d’hyper beau, c’est que sans l’amour, on ne peut pas parler de deuil parce que le deuil, c’est la perte de l’amour de quelqu’un qu’on aime. C’est pour cela que je me suis focalisée sur leur amour. » On souffre de la peine du héros et de la disparition de l’héroïne, mais tout cela est transcendé par les moments qu’ils passent ensemble et que nous partageons avec eux.

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Le Tombeau des lucioles s’appuie aussi sur la réalité, mais il est difficile d’y trouver la moindre lueur d’espoir dans l’itinéraire de deux orphelins japonais abandonnés à leur triste sort pendant la Seconde Guerre mondiale. « Je cherchais plus à témoigner de la réalité que à tirer des larmes de la part du public », confiait Isao Takahata. Le cofondateur du studio Ghibli, décédé en 2018, s’avouait cependant enchanté par les réactions des spectateurs. « Je ne peux que me réjouir si cela sert mon propos, qui était de montrer comment des enfants peuvent trouver la force de s’entraider dans des circonstances très pénibles », insistait-il.

Une beauté visuelle saisissante

Les images d’In Waves sont de toute beauté ! Toutes les séquences de surf laissent le souffle coupé. « La moitié du film se déroule dans l’eau et on avait un budget réduit, précise la réalisatrice, mais on a beaucoup travaillé sur le rendu des vagues pour rendre leur côté sauvage. » Ces dernières sont des personnages à part entière d’un récit centré sur une bande d’amis et sur une jeune femme courageuse. « AJ tenait à ce que le personnage principal ressemble à la véritable Kristen telle qu’il l’a représentée dans sa BD, raconte la réalisatrice. Je me sentais une énorme responsabilité envers AJ et ses amis. »

Rendre la réalité dans une fiction animée était aussi capital pour Isao Takahata. Les « lucioles » mentionnées dans le titre de son film ne sont pas des insectes mais une référence aux bombardements qui ont ravagé la ville de Kobe. Les étincelles meurtrières tombaient en pluie sur les habitants. « Je me souviens avoir vécu cela quand j’étais enfant, confiait le cinéaste. C’était important pour moi d’en témoigner. »

Un cinéma d’animation pour adultes

Il est aujourd’hui évident que le cinéma d’animation n’est plus seulement réservé aux enfants. Des œuvres comme In Waves ou Le Tombeau des lucioles ne sont clairement pas conçues pour les tout-petits. Elles demandent une certaine maturité pour les apprécier. Les larmes qu’elles provoquent font un bien fou en apportant un regard unique sur des tragédies humaines. On sort de la salle fort éprouvé, mais aussi grandi de les avoir partagées avec des auteurs inspirés.

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