Des rapports internes de magistrats, révélés par Le Monde, mettent en lumière de graves dysfonctionnements dans le traitement des enquêtes pour atteintes sexuelles sur mineurs. Ces documents, rédigés par des magistrats inspecteurs, pointent des dossiers abandonnés ou perdus, des auteurs pourtant identifiés qui ne sont pas poursuivis, et un personnel insuffisamment formé.
Des constats accablants sur le terrain
Selon ces rapports, qui portent sur plusieurs juridictions en France, le taux de classement sans suite pour ces affaires atteint parfois 80 %. Dans certains cas, des dossiers ont été égarés pendant des mois, voire des années, alors que les auteurs étaient connus des services de police et de gendarmerie. Les magistrats inspecteurs décrivent un manque criant de moyens humains et matériels, ainsi qu'une formation inadaptée des enquêteurs face à la spécificité de la parole de l'enfant.
Des victimes laissées sans réponse
Les rapports soulignent que les victimes, souvent très jeunes, se heurtent à des auditions répétées, à des délais d'attente insupportables, et à une absence totale de suivi psychologique. Un magistrat inspecteur note : « La justice est vécue comme une épreuve supplémentaire, et non comme une protection. » Dans une affaire citée, un mineur a attendu trois ans avant que son agresseur présumé, pourtant identifié dès le départ, ne soit entendu.
Des recommandations pour remédier aux failles
Face à ce constat, les rapports formulent plusieurs recommandations : création de pôles spécialisés dans chaque tribunal judiciaire, formation obligatoire des enquêteurs et des magistrats, et mise en place d'un référent « mineur » dans chaque commissariat et brigade de gendarmerie. Ils préconisent également une meilleure coordination entre les services de l'aide sociale à l'enfance et la justice.
Une réponse politique attendue
La garde des Sceaux, interrogée, a promis une réponse « ferme et rapide » et a annoncé le lancement d'un plan national de formation. Des associations de défense des droits de l'enfant, comme La Voix de l'Enfant, ont salué la publication de ces rapports, tout en exigeant des actes concrets. « Il ne suffit pas de constater, il faut agir », a déclaré sa présidente.
Ces révélations interviennent alors que le gouvernement a fait de la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants une priorité affichée. Mais les magistrats inspecteurs estiment que les moyens ne suivent pas et que la culture de l'impunité persiste dans certains services. Ils appellent à une véritable refonte du système judiciaire pour protéger les plus vulnérables.



