Le 25 mars dernier, Cédric Prizzon, un Français de 42 ans ancien policier, était arrêté au Portugal, soupçonné des meurtres de sa compagne Angela Logobien Cadillac, 26 ans, et de son ex-conjointe Audrey Cavalié, 40 ans. Ce vendredi, la justice portugaise a annoncé son refus d'exécuter le mandat d'arrêt européen émis par la France et son intention de poursuivre elle-même le suspect.
Une décision fondée sur la compétence territoriale
La Cour d'appel de Coimbra a justifié son refus par le fait que les crimes présumés ont été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national ». Les corps des deux femmes ont été retrouvés enterrés dans un lieu isolé du district de Bragança, au Portugal, et Cédric Prizzon a été interpellé dans le nord-est du pays, à Mêda, après une cavale de cinq jours débutée dans l'Aveyron.
Me Jean-Charles Teissedre, avocat spécialiste des procédures d'extradition, explique au Parisien : « Il est plus logique que le Portugal juge cet homme. Les faits, pour l'essentiel, se sont passés au Portugal et l'individu a été interpellé et emprisonné là-bas. Ces deux critères, essentiels, fondent une compétence prioritaire en faveur du Portugal. »
Les chefs d'accusation au Portugal
Le tribunal portugais a déjà ouvert une procédure judiciaire contre Cédric Prizzon. Il est poursuivi pour « homicide aggravé, enlèvement et profanation de cadavre » concernant la mort d'Audrey Cavalié, et pour « homicide aggravé » et « profanation de cadavre » pour celle d'Angela Logobien Cadillac. Il est également poursuivi pour violences domestiques contre sa fille d'un an et demi, retrouvée saine et sauve lors de son interpellation, ainsi que pour faux et usage de faux et port d'arme illégal après la découverte dans son véhicule de faux papiers, de plaques minéralogiques, de 17 000 euros en espèces et d'un fusil à pompe.
Une décision rare mais conforme au droit européen
Depuis 2004, le mandat d'arrêt européen prévoit un refus possible motivé par la « compétence territoriale » ou s'il existe une « procédure pénale en cours dans le pays d'exécution ». Me Teissedre estime que l'attitude de la France a pu être perçue comme « une forme d'arrogance » par le Portugal, car l'Union européenne repose sur le principe de confiance mutuelle en matière judiciaire. « Cette situation est suffisamment rare pour être soulignée », reconnaît-il.
Les réactions des familles
Les mères des deux victimes avaient exprimé le souhait que Cédric Prizzon soit jugé en France. Me Fabien Arakélian, avocat de la mère d'Audrey Cavalié, a fait part de son incompréhension : « Nous savons avec certitude qu'une partie des faits a été commise en France, nous avons deux victimes françaises, un auteur français, à quoi bon faire juger ces crimes au Portugal ? » Il a demandé au ministre de la Justice Gérald Darmanin d'intervenir pour éviter une souffrance supplémentaire aux familles.
Pour Me Teissedre, « c'est l'exécution de la peine en France qui devrait être priorisée par le parquet français ». Il faudra attendre un éventuel procès et une condamnation pour savoir si Cédric Prizzon purgera sa peine en France.



