Un constat alarmant pour une institution bicentenaire
Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), qui s’apprête à célébrer ses 400 ans en 2035, est gravement menacé par l’usure du temps et l’insuffisance des moyens alloués. C’est ce que révèle un rapport de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) et du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), publié le 24 juin 2026. Le document dresse un état des lieux préoccupant de l’état des bâtiments, des collections et des finances de l’établissement.
Des bâtiments vieillissants et inadaptés
Selon le rapport, près de 60 % des surfaces bâties du Muséum sont en mauvais ou très mauvais état. La grande galerie de l’Évolution, fleuron du site, présente des problèmes d’étanchéité et de corrosion. Les réserves, qui abritent des millions de spécimens, souffrent de fuites et de conditions de conservation inadéquates. Le Jardin des Plantes, qui accueille 1,5 million de visiteurs par an, voit ses serres et ses bâtiments historiques se dégrader faute d’entretien régulier.
Un déficit de financement chronique
Le budget annuel du MNHN s’élève à environ 120 millions d’euros, mais les besoins estimés pour la rénovation des infrastructures dépassent les 300 millions d’euros. Le rapport souligne que l’État, actionnaire principal, n’a pas augmenté sa subvention de fonctionnement depuis 2010, ce qui a contraint l’établissement à puiser dans ses réserves et à réduire ses investissements. Selon Bruno David, président du Muséum, « sans un effort financier significatif et durable, nous risquons de perdre une partie irremplaçable de notre patrimoine naturel et scientifique ».
Des collections uniques au monde
Le MNHN possède l’une des plus grandes collections d’histoire naturelle au monde, avec plus de 68 millions de spécimens, dont des fossiles, des minéraux, des herbiers et des animaux naturalisés. Certaines pièces sont uniques, comme le squelette de la girafe de Louis XIV ou les échantillons rapportés par les expéditions de La Pérouse. Le rapport alerte sur le risque de dégradation irréversible de ces collections si les conditions de conservation ne sont pas améliorées rapidement.
Un impact sur la recherche et l’éducation
Au-delà de son rôle muséal, le MNHN est un centre de recherche majeur, avec 500 chercheurs et 200 doctorants. Il contribue à des programmes internationaux sur la biodiversité, le changement climatique et l’évolution. Le rapport note que le manque de moyens freine les projets scientifiques et la formation des jeunes chercheurs. Par ailleurs, les actions pédagogiques auprès des scolaires, qui représentent 300 000 élèves par an, sont menacées par la vétusté des espaces d’accueil.
Des pistes de solution
Le rapport préconise un plan de rénovation étalé sur 15 ans, avec un investissement annuel de 20 millions d’euros supplémentaires. Il suggère également de développer le mécénat et les partenariats privés, ainsi que de mieux valoriser les collections via le numérique. Le gouvernement a annoncé la création d’un fonds de dotation, mais sans engagement chiffré. Les syndicats du personnel dénoncent une « gestion à la petite semaine » et réclament un plan d’urgence.
Un appel à la mobilisation
À l’approche de son quadricentenaire, le Muséum national d’histoire naturelle espère un sursaut. Comme le rappelle le rapport, « préserver le Muséum, c’est préserver un patrimoine commun de l’humanité ». Les défenseurs de l’institution appellent les pouvoirs publics et les citoyens à se mobiliser pour éviter que ce joyau scientifique ne tombe en ruine.



