Crash du Rio-Paris : soulagement des proches après la condamnation
Crash Rio-Paris : soulagement après la condamnation

Ce jeudi 21 mai, la cour d'appel de Paris a rendu son verdict dans le procès en appel du crash du vol Rio-Paris. Près de dix-sept ans après la catastrophe aérienne, les juges ont déclaré Air France et Airbus coupables d'homicides involontaires. La compagnie et le constructeur ont été condamnés à la peine maximale de 225 000 euros d'amende.

Un soulagement après des années d'attente

Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris s'abîme dans l'Atlantique quelques heures après son décollage. C'est l'accident le plus meurtrier de l'histoire de l'aviation française : 216 passagers et 12 membres de l'équipage perdent la vie. Depuis, les proches des victimes n'ont cessé de réclamer la reconnaissance des responsabilités dans ce drame.

À la sortie de la salle d'audience, l'impatience laisse place à l'apaisement. « J'ai ressenti un profond soulagement, après quelques secondes d'hésitation », souffle Ophélie Toulliou. La membre du conseil d'administration de l'association AF447, dont le frère est décédé dans la catastrophe, peine encore à réaliser ce qu'elle vient d'entendre. « Il va encore falloir du temps pour digérer cette bonne nouvelle. »

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La reconnaissance qu'ils ne sont pas morts pour rien

Elle repense au premier procès et la désillusion qui avait suivi la relaxe au pénal d'Airbus et Air France. Le tribunal avait alors considéré que si des « imprudences » et « négligences » avaient été commises, « aucun lien de causalité certain » n'avait « pu être démontré » avec ce crash. « On avait tous été très déçus, alors on est arrivés aujourd'hui avec plus de précaution. »

Les deux sociétés relaxées lors du premier procès en 2023 se défendaient de toute faute pénale. Aux yeux d'Ophélie Toulliou, cette condamnation dépasse le cadre judiciaire. Elle y voit une « démarche de prévention pour la sécurité aérienne ». « Nous n'avons pas d'intérêt financier ou pénal. C'est une condamnation symbolique. Cela ne nous ramènera pas nos proches, mais c'est la reconnaissance qu'ils ne sont pas morts pour rien », dit-elle en cherchant ses mots.

« Notre frère n'est pas coupable »

Quelques mètres plus loin, même émotion du côté de Sylvie Robert, sœur de David Robert, copilote du vol AF447. Pendant des années, les familles des pilotes ont vécu avec le poids du soupçon. « Ce délibéré, je l'attendais de pied ferme, confie-t-elle. En tant que famille de pilote, nous avions une posture de culpabilité. Nous avons été trop longtemps accablés. »

Mais au fil des audiences, dans ce procès en appel, quelque chose a changé. « Aujourd'hui, c'est une nouvelle étape extrêmement heureuse : notre frère n'est pas coupable. Il est aussi victime, au même titre que les autres passagers de l'avion. Victime d'une chaîne d'erreurs. » Pourtant, elle ne ressent aucune rancœur : « Je suis soulagée que cette vérité émerge et je n'en veux à personne ».

17 ans de combat

Devant la salle d'audience, les proches de victimes forment un petit cercle. Corinne Soulas peine à retenir son émotion. Adhérente de l'association AF447 Entraide et Solidarité depuis 2009, elle a perdu sa fille de 24 ans, passagère, et le mari de cette dernière, steward sur le vol. « Aujourd'hui, ça fait 17 ans de combat et on relâche enfin un peu la pression. »

Mais la douleur est toujours présente. « Le verdict m'a émue. Avec tout ce que la juge a dit, on comprend que cela aurait pu être évité. Ma Caroline serait toujours là. Et je serai en train de vivre une heureuse vie de grand-mère, ce que je ne serai jamais. » Elle ajoute dans un soupir : « C'est un défaut de formation, d'information et de communication qui nous emporte dans un traumatisme qui nous suivra jusqu'à notre propre mort. »

Un besoin de vérité

Anne Robert, venue assister au verdict avec sa fille de 11 ans, évoque elle aussi un besoin de vérité. Son frère était passager sur le vol. Le « soulagement » domine. « J'ai aimé le côté humain de la juge, ça m'a fait beaucoup de bien. On sait que les pilotes ont fait tout ce qu'ils ont pu jusqu'au bout et que l'on ne leur a pas donné les moyens de sauver tout le monde. » Elle assène : « Ce que l'on cherchait aussi, c'était du respect, et on ne l'a pas toujours eu pendant les débats. »

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La présence de sa fille, à ses côtés, avait une signification particulière. « Je voulais qu'elle vienne et qu'elle comprenne ce que l'on porte depuis 17 ans. Je voulais qu'elle comprenne ce qui perturbe sa mère depuis sa naissance. On ne sort pas indemne d'un accident pareil. »

Un combat collectif abouti

Pour les responsables associatifs, ce verdict marque aussi l'aboutissement d'un combat collectif mené sans relâche depuis près de deux décennies. Danièle Lamy, présidente de l'association AF447 depuis treize ans et mère d'Éric, disparu dans le crash à 37 ans, rappelle le chemin parcouru. « Nous avons tenu bon pendant 17 ans. La justice, pour la première fois, condamne des multinationales aéronautiques et place la sécurité au-dessus de toute autre considération économique. Ces prestigieuses sociétés ne pourront plus se dérober derrière leur suffisance et orgueil technologique », se félicite-t-elle.

À ses côtés, son mari, Gilles Lamy, résume avec pudeur la douleur persistante des familles : « C'est la partie émergée de l'iceberg qui a disparu. Mais les souvenirs, la mémoire, le passé, on ne peut pas les effacer. Mettre des noms sur les coupables, c'est déjà important. » Airbus et Air France ont annoncé se pourvoir en cassation, suscitant l'agacement d'Anne Robert. « Ce n'est toujours pas fini. »