Au Mexique, une pratique systématique de fabrication de coupables par les autorités policières et judiciaires a été mise au jour par une enquête du Centre de recherche et de documentation économiques (CIDE). Selon cette étude, près de 40 % des personnes incarcérées dans le pays auraient été condamnées sur la base de preuves fabriquées ou de témoignages forcés. Cette pratique vise à gonfler les statistiques de résolution d'affaires, répondant ainsi aux pressions politiques pour montrer une efficacité dans la lutte contre la criminalité.
Une enquête révélatrice du CIDE
L'enquête du CIDE, publiée en juillet 2026, s'appuie sur l'analyse de 500 dossiers judiciaires dans plusieurs États mexicains. Elle révèle que dans 38 % des cas, les accusés ont été condamnés sans preuves solides, souvent sur la base de témoignages obtenus sous la torture ou de preuves matérielles falsifiées. Le rapport indique que cette pratique est particulièrement répandue dans les affaires de vols, d'enlèvements et de trafic de drogue. Les auteurs de l'étude, dirigée par la chercheuse Ana Laura Magaloni, soulignent que le système judiciaire mexicain privilégie la quantité sur la qualité, poussant les procureurs à obtenir des condamnations rapides.
Des victimes de la justice
Parmi les cas documentés, celui de Juan Carlos Hernández, un chauffeur de taxi arrêté en 2023 pour un vol qu'il n'a pas commis. Il a passé 18 mois en détention provisoire avant d'être libéré faute de preuves. « La police a fabriqué des preuves contre moi, ils ont dit que j'avais avoué, mais je n'ai jamais rien signé », a-t-il déclaré au journal El Universal. Son cas est loin d'être isolé : selon l'ONG Justice pour Tous, plus de 10 000 personnes sont détenues injustement au Mexique, victimes de ces pratiques.
Le rôle des autorités policières et judiciaires
L'enquête pointe du doigt à la fois la police et le parquet. Les policiers sont souvent les premiers à fabriquer des preuves, tandis que les procureurs ferment les yeux ou participent activement à la manipulation. Le système de récompenses basé sur les taux de condamnation encourage ces abus. Le procureur général du Mexique, Alejandro Gertz Manero, a reconnu l'existence de ces pratiques dans une déclaration en mai 2026, mais a minimisé leur ampleur, affirmant que « des mesures correctives sont en cours ».
Conséquences sociales et politiques
Cette fabrication de coupables a des conséquences dramatiques : elle alimente la méfiance envers le système judiciaire, contribue à la surpopulation carcérale et empêche la véritable lutte contre la criminalité. Le Mexique compte plus de 220 000 détenus, dont une proportion significative serait innocente. Des organisations comme Amnesty International ont appelé le gouvernement à réformer en profondeur le système judiciaire, notamment en mettant fin aux pressions sur les procureurs et en renforçant les contrôles indépendants.
Réactions et perspectives
Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a promis une enquête sur ces allégations, mais les critiques estiment que ses mesures sont insuffisantes. La société civile, à travers des manifestations et des campagnes, exige des changements structurels. L'enquête du CIDE sert de nouveau catalyseur pour le débat sur la réforme de la justice au Mexique, un pays où l'impunité reste élevée et où la confiance dans les institutions est au plus bas.



