Crash de B-24 Liberator à Saint-Raphaël : les stèles de la mémoire
Crash de B-24 à Saint-Raphaël : les stèles de la mémoire

Deux stèles, l'une au col de Belle Barbe dans le massif de l'Estérel, l'autre dans le jardin de l'oratoire d'Agay, rendent hommage aux équipages des bombardiers américains B-24 Liberator Lucky Lady et Miss I Hope. Abattus les 25 et 27 mai 1944 lors de la mission « The Transportation Plan », ces appareils ont coûté la vie à vingt aviateurs. Ces monuments rappellent le sacrifice des combattants de la liberté, mais aussi les ravages de la guerre sur les civils.

Des bombardiers engagés dans le « Transportation Plan »

À partir du 6 mars 1944, les B-24 Liberator participent à la mission « The Transportation Plan », visant à détruire les points stratégiques ennemis : gares de triage, ponts, aérodromes et voies de communication utilisés par les troupes allemandes. Le 25 mai, le Lucky Lady, appartenant au 777th bomber squadron, décolle pour bombarder le nœud ferroviaire de Givors (Rhône). Le 27 mai, le Miss I Hope a pour objectif le terrain d'aviation de Montpellier-Fréjorgues (Hérault). Ces missions risquées nécessitent de traverser des zones contrôlées par l'Allemagne nazie depuis leur base dans les Pouilles, dans le sud de l'Italie.

Destins tragiques : Lucky Lady et Miss I Hope

Le Lucky Lady atteint sa cible le 25 mai, mais sur le chemin du retour, il est repéré par les radars allemands. Vingt chasseurs ennemis l'attaquent, renforcés par la DCA au sol. Un obus explose dans le nez de l'appareil, provoquant un incendie. L'avion s'écrase dans le massif d'Agay. Le seul survivant, William Oliver Trotter, grièvement blessé, est transporté dans un hôpital allemand à Dijon, où il succombe trois mois plus tard.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le Miss I Hope est touché par la DCA peu après avoir franchi les côtes françaises, loin de son objectif. L'appareil s'abîme dans la rade d'Agay. Cinq hommes parviennent à sauter en parachute, mais les autres sont engloutis avec l'avion. Les survivants sont capturés par l'ennemi.

Identification des corps et localisation des épaves

Les recherches des historiens ont permis de retracer le sort des équipages. Pour le Lucky Lady, six corps restés dans la carlingue ont été rapidement identifiés ; les autres, éjectés, ont été retrouvés dans la forêt ou dans une fosse commune. Ce n'est qu'en 1946 que l'équipage est complet. Pour le Miss I Hope, l'épave n'est localisée qu'en 1984, à 42 mètres de profondeur dans la baie d'Agay, grâce aux travaux de Philippe Castellano. Le sergent Gene Vodopia, opérateur radio, avait prévu de revenir en France cette année-là, mais il est mort l'année suivante sans savoir que l'épave avait été découverte.

Des stèles pour le devoir de mémoire

Deux stèles commémorent aujourd'hui ces drames. Celle du Lucky Lady se trouve au col de la Belle Barbe, celle du Miss I Hope dans le jardin de l'oratoire d'Agay. Des erreurs subsistent sur les plaques : le numéro de matricule du Lucky Lady est 41-29382 (et non 41-29582), et le nom du second avion est bien Miss I Hope, et non Ophelia Bumps. La ville de Saint-Raphaël organise régulièrement des cérémonies, la dernière le 30 mai dernier, et participe au dispositif « Chemin de mémoire ».

Un lourd tribut civil

La mission « Transportation Plan » a causé de nombreuses victimes civiles en raison de bombardements imprécis. Le 27 mai 1944, par exemple, près de 2 000 personnes ont été tuées à Marseille par les bombes américaines. Ce devoir de mémoire complexe est honoré par la municipalité, qui rappelle le sacrifice des aviateurs et les souffrances infligées aux populations. Comme le souligne l'historien Philippe Castellano, la localisation tardive de l'épave du Miss I Hope a longtemps entravé le processus de deuil pour les familles.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale