Condamnation de Lakhtar Matoug : la mécanique classique des féminicides
Condamnation de Lakhtar Matoug : mécanique des féminicides

Le 11 juillet 2026, la cour d'assises du Val-de-Marne a condamné Lakhtar Matoug à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa compagne Assia B., un féminicide qui illustre les mécanismes classiques de ces crimes : emprise, jalousie et défaillances des institutions.

Les faits : un meurtre prémédité

Le 15 mars 2024, Assia B., 32 ans, est retrouvée morte dans son appartement de Vitry-sur-Seine, poignardée de 17 coups de couteau. Son compagnon, Lakhtar Matoug, 38 ans, est interpellé quelques heures plus tard. Lors de son procès, il a reconnu les faits, évoquant un "geste de jalousie" après qu'Assia lui a annoncé son intention de le quitter.

Selon l'enquête, Matoug avait un passé de violences conjugales : deux plaintes avaient été déposées par Assia en 2022 et 2023, mais classées sans suite pour "infraction insuffisamment caractérisée". La procureure a souligné que "ces signalements n'ont pas été pris au sérieux, malgré des certificats médicaux attestant de contusions".

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Le procès : une mécanique bien rodée

Durant l'audience, les experts psychiatres ont décrit Matoug comme un homme "possessif et narcissique", incapable d'accepter la séparation. Me Sarah Dupont, avocate de la famille d'Assia, a déclaré : "C'est le scénario typique du féminicide : l'emprise, la jalousie maladive, et une justice qui n'a pas protégé la victime. 30 ans, c'est une peine lourde, mais elle ne rendra pas Assia à sa famille."

Le verdict a été accueilli par des applaudissements dans la salle, mais aussi par des larmes. Le père d'Assia, Omar B., a confié : "Nous avons attendu deux ans pour ce procès. Rien ne pourra combler notre perte, mais au moins, la justice a reconnu la gravité de ce crime."

Les chiffres : un fléau persistant

Ce féminicide s'inscrit dans une triste réalité : selon le ministère de l'Intérieur, 122 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2025, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024. Dans 80 % des cas, des antécédents de violences étaient connus. Les associations féministes dénoncent un manque de moyens pour évaluer les dangers et protéger les victimes.

"Chaque féminicide est un échec collectif", a réagi la ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes, Élise Martin. "Nous devons renforcer la formation des forces de l'ordre et des magistrats pour mieux détecter les situations d'emprise."

Les suites : une affaire qui interroge

Le collectif "Nous Toutes" a appelé à une manifestation devant le palais de justice de Créteil pour dénoncer "les dysfonctionnements judiciaires" qui ont précédé le drame. Une pétition en ligne réclame une enquête parlementaire sur le traitement des plaintes pour violences conjugales.

Pour Me Dupont, "cette condamnation est une victoire, mais elle ne doit pas masquer les failles du système. Il faut que chaque plainte soit prise au sérieux, que les victimes soient crues et protégées."

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