Le tribunal correctionnel de Béziers a condamné, vendredi 26 juin 2026, un homme de 78 ans à trois ans de prison avec sursis pour des agressions sexuelles commises sur sa petite-fille par alliance, âgée de 12 à 15 ans au moment des faits. L'homme, un passionné de photographie qui donnait des cours à la MJC d'Agde, a également été reconnu coupable d'avoir pris des photos de l'enfant dénudée et de lui avoir montré une vidéo pornographique.
Un procès marqué par des propos choquants
À la barre, le prévenu a tenu des propos jugés en décalage avec la gravité des faits. "C'est comme les pigeons, après les avoir aidés, ça vous chie dessus", avait-il déclaré lors de l'une de ses auditions. Interrogé par la présidente du tribunal sur les centaines de photos et vidéos pornographiques retrouvées sur son ordinateur, il a affirmé : "C'était des blagues que m'envoyaient des copains, je ne les regardais pas systématiquement, je les stockais et je les supprimais."
La victime, Marine, témoigne avec courage
Marine (prénom d'emprunt), aujourd'hui âgée de 26 ans, a livré un témoignage poignant. "Il y a eu l'attente de ne pas savoir où ça en était, durant laquelle ma petite sœur continuait d'aller chez lui, de ne pas savoir si elle avait souffert des mêmes choses que moi", a-t-elle expliqué. "J'en ai voulu à ma mère de ne pas m'avoir crue, à ma grand-mère de ne pas m'avoir défendue. J'ai des problèmes sur le plan émotionnel et au niveau de ma sexualité. J'attends que ce que j'ai vécu soit reconnu, qu'il y ait une justice pour que ce procès puisse m'aider à clôturer cette histoire et passer à autre chose."
Les explications détonantes du prévenu
Concernant les caresses qu'il a faites à sa petite-fille par alliance, le septuagénaire a avancé des explications surprenantes. "Elle aimait se balader nue, c'était un problème. Il y a une fois où elle m'a dit qu'elle n'arrivait pas à dormir dans son lit, donc je lui ai caressé le dos, comme le faisait sa mère. Et pendant les cours de maths que je lui donnais, c'était un geste d'effleurement, pour la détendre", a-t-il relaté. Il a également reconnu avoir attouché sa propre fille quand elle était mineure.
Les photos de Marine projetées à l'audience
Le tribunal a projeté les photos de Marine, prises alors qu'elle était dénudée. Le prévenu a tenté de les justifier : "C'était pour lui faire plaisir, elle était en demande, comme pour faire du mannequinat. À un moment, ça a un peu débordé, sans sexualisation mais elle voulait se montrer. C'est une erreur, j'aurais dû lui dire non. Mais jamais elle n'était nue intégralement." Marine a réfuté : "J'étais en demande de portraits, pas de nudité. À l'époque, j'ai ressenti beaucoup de gêne, je me sens très coupable d'avoir accepté ses propositions, d'avoir cédé au chantage. Et oui, il y a des fois où j'étais intégralement nue."
Les réquisitions du parquet et la défense
Le parquet avait requis trois ans de prison ferme avec mandat de dépôt différé. La représentante du parquet a déclaré : "Dans ce dossier à la réalité particulièrement sombre, d'un grand-père qui a impacté le psychisme de cette enfant et qui en a gardé des traces avec ces photos, une lumière est apparue. Elle s'appelle Marine, elle qui a eu le courage de parler. Elle demande qu'on établisse une vérité judiciaire en le reconnaissant coupable."
De son côté, l'avocat de Marine, Me Luc Abratkiewicz, a déploré : "Quand j'entends ces explications, les bras m'en tombent. Dire que c'était une autre époque, comme il l'a dit, que c'était une erreur, c'est un peu trop facile. Ses excuses arrivent trop tard."
La défense, assurée par Me Mathieu Montfort, a plaidé que "Marine a été entendue par les psychologues du lycée mais aucune suite n'a été donnée, alors que nous ne sommes pas dans les années 80. Pourquoi a-t-elle continué à se rendre dans cette maison jusqu'en 2019 malgré ces faits ? Monsieur a reconnu des erreurs de comportements inadaptés et inappropriés. Ce n'est pas une infraction car elle n'est pas matérielle, ni intentionnelle. Vous n'avez pas la démonstration de l'agression sexuelle."
Une condamnation reflétant la gravité des faits
Le tribunal a finalement condamné le prévenu à trois ans de prison avec sursis, le reconnaissant coupable de l'ensemble des faits. La justice a mis près de huit ans à traiter la plainte de Marine, déposée alors qu'elle était mineure. Cette décision judiciaire devrait permettre à la jeune femme de tourner la page et de se reconstruire.



