Canicule à Nice : les livreurs dénoncent l'hypocrisie des plateformes
Canicule : les livreurs dénoncent l'hypocrisie des plateformes

À Nice, sous une chaleur accablante, les livreurs à vélo des plateformes Uber Eats et Deliveroo continuent de travailler, dénonçant l'hypocrisie des mesures de prévention annoncées par ces entreprises. Alors que la canicule sévit, les plateformes affirment tout mettre en œuvre pour protéger leurs coursiers, mais ces derniers, payés à la tâche, estiment que tout arrêt de travail représente une perte sèche de revenus.

Des témoignages accablants sur le terrain

Sur l'avenue Jean-Médecin à Nice, à midi, le thermomètre s'affole sous un soleil de plomb. Pourtant, le ballet des livreurs de repas à vélo se poursuit. « Le soleil nous tape dessus toute la journée », souffle Orient, livreur pour Uber Eats. Ses moyens de protection face aux fortes températures semblent dérisoires : « On boit de l'eau, c'est tout. » Et de lâcher : « La plateforme nous prévient qu'il va faire chaud, mais nous, on est obligés de travailler. » En compensation, Orient souhaiterait une revalorisation : « Ce serait bien qu'on gagne plus lors des épisodes de chaleur. »

Un peu plus loin, Odilon, coursier pour Deliveroo, témoigne : « Les fortes chaleurs ça nous dérange, mais est-ce qu'on a le choix ? » Et d'ajouter : « La plateforme dit simplement de boire beaucoup d'eau. » Odilon, payé 702 euros pour 131 courses la semaine dernière, attend des gestes forts : « Tout ce qu'on attend, c'est qu'ils augmentent les prix », tout en réduisant « le périmètre de livraison lors des fortes chaleurs ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des stratégies individuelles pour survivre

Certains adaptent leurs horaires. Gheorghe, livreur pour Deliveroo et Uber Eats, raconte : « Je travaille de 11 à 14 heures. Après, je me repose sous la climatisation. Et je sors de 19 à 23 heures. » Gheorghe montre son écran : 37 euros gagnés en 3h40 sur l'application Uber Eats mercredi août 2026. « Sans bonus, une livraison de 1 à 2 kilomètres paye parfois moins de 3 euros. »

Maj, coursier pour Deliveroo, partage ce fatalisme : « On travaille dans la chaleur, on n'a pas le choix. » Réalisant 10 à 15 courses par jour, il précise qu'« aucun dédommagement n'est prévu » en cas d'inactivité.

La CGT dénonce un « cynisme » des plateformes

Uber Eats et Deliveroo ont décidé d'interrompre les livraisons de 14 à 18 heures dans les départements en vigilance rouge canicule. Une mesure jugée hypocrite par la CGT. « Quel cynisme de prétendre prendre soin de la santé des livreurs sans préciser que l'interruption des commandes ne donne lieu à aucun revenu de remplacement pour des travailleurs précaires payés à la tâche ! » s'emporte Ludovic Rioux, responsable du secteur des plateformes de livraison pour la fédération CGT Transports.

Pour le syndicaliste, « s'arrêter, c'est un luxe que beaucoup ne peuvent pas se permettre ». La CGT réclame un modèle similaire au secteur du bâtiment et des travaux publics : « Dans le BTP, il y a des congés intempéries élargis aux fortes chaleurs. Quand on ne peut pas travailler en raison de la météo, on ne voit pas son salaire suspendu. Là, des travailleurs payés 2 euros n'ont aucun revenu de remplacement. »

Les plateformes se défendent

Face à ces accusations, les plateformes se défendent. Deliveroo précise : « Nous suspendons temporairement l'accès à l'application sur les tranches horaires les plus chaudes de l'après-midi (14 à 18 heures). » La plateforme assure « réduire les distances, conseiller sur les risques et s'appuyer sur la charte d'accès gratuit à l'eau chez les restaurateurs. »

Uber Eats met également en avant la suspension de « l'activité de livraison de 14 à 18 heures dans les départements en vigilance rouge canicule. Cette mesure s'ajoute à notre protocole de prévention, incluant notamment l'accès à l'eau potable. » Enfin, les deux leaders de la livraison de repas justifient de ne pas proposer de prime en cas de conditions météorologiques exceptionnelles et de ne pas indiquer les zones à forte demande afin de ne pas inciter les livreurs à prendre des risques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale