À Canet-en-Roussillon, au coup de sifflet final de France-Espagne, la foule présente rue de la Soif s'est dispersée sans un bruit. Pas de fête jusqu'au bout de la nuit, pas de câlins entre inconnus, pas le moindre shot au comptoir. Une atmosphère de cimetière, inhabituelle pour la station balnéaire des Pyrénées-Orientales en juillet.
Tout était pourtant prometteur : un jour de fête nationale, les vacances à la plage, le ciel bleu et une demi-finale de Coupe du monde. Il ne manquait que la qualification pour inscrire cette journée au panthéon d'une vie.
« On n'a même pas vibré »
Dimitri, 32 ans, ne doutait pas de la victoire : « On a la meilleure équipe, les Avengers en attaque, on va broyer l'Espagne ». Il avait déjà planifié sa célébration : « Moi et mes potes, on va fêter ça avec un bain de minuit ». Mais trois heures plus tard, le monde est cruel : Dimitri et sa bande rentreront chez eux tête basse.
Ce 14 juillet footballistique a viré à la bérézina. Un 2-0 sec par l'Espagne, et après le premier but, un long supplice d'une heure à regarder les Bleus impuissants. « C'est le pire dans ce match, peste Sébastien, 45 ans. On n'a même pas vibré ! Le Portugal en 2016, il y avait eu le poteau de Gignac, en 2022, le triplé de Mbappé. Là… »
« Imaginez que ce soit l'Argentine championne »
Les discours post-défaite se ressemblent : arbitre corrompu, Deschamps trop défensif, équipe qui n'a pas assez tenté. Julie, la vingtaine, se désole : « J'étais sûr qu'on serait champion du monde. Les vacances sont gâchées, je nous voyais déjà soulever la Coupe. » Avant d'imaginer le pire : « Et imaginez que ce soit l'Argentine championne du monde. Là ce serait carrément les pires vacances de ma vie. »
Pour Léa, qui repart demain : « C'est une fin de vacances amères. J'ai adoré la région, mais ça restera le lieu où la France s'est fait fouetter. » Martin, son collègue, philosophe : « Depuis douze ans, la France produit des Griezmann, des Mbappé, des Pogba… pour quoi ? Une seule Coupe du monde. C'était peut-être notre dernière vraie chance d'être champion. »
Gamins inconsolables
Dylan, 8 ans, inconsolable, déverse ses sanglots aux passants. Son père tente de le faire relativiser, mais rien n'y fait. En retournant au camping, le papa achète des churros au double Nutella. Les larmes s'estompent, le gamin sourit devant ce méga shot de sucre. Un reliquat de vacances.



