Un ancien policier de 78 ans a été condamné jeudi 20 août par le tribunal de Béziers à dix mois de prison avec sursis et à une amende de 1 500 euros pour des menaces de mort à caractère antisémite proférées le 16 mai dernier, lors de la fête des Caritats. Il devra également verser 1 000 euros de préjudice moral à chacune de ses trois victimes, membres de l'association de la Mémoire juive de Béziers, et a été privé de ses droits civiques pendant trois ans.
Des invectives répétées pendant la fête médiévale
Les faits se sont déroulés le samedi 16 mai, en pleine fête des Caritats à Béziers, qui célébrait cette année-là le Moyen Âge. Le prévenu, qui n'en était pas à son premier dérapage verbal envers la communauté juive de la ville, s'est approché du stand de l'association de la Mémoire juive et a proféré des menaces explicites : « Mort aux juifs, on va tous vous tuer, vive la colaphisation. Rentrez dans votre ghetto... »
La présidente de l'association, présente ce jour-là, a témoigné de la peur ressentie : « Franchement, il nous a fait très peur. Nous étions aux Caritats pour raconter l'histoire de la communauté juive au Moyen Âge. Nous avions un geste très symbolique quand il a fait scandale, nous partagions le pain de chabbat avec les passants. Nous n'étions en aucun cas en train de délivrer le moindre discours théologique. Notre présence était juste culturelle. »
Un acte jugé réfléchi et prémédité
Pour la présidente de l'association, le choix des mots ne doit rien au hasard. La « colaphisation » désigne en effet une pratique historique d'humiliation publique des juifs dans les villes du sud de la France entre le IXe et le XIe siècle, consistant à gifler avec un gant de fer bardé de clous. « C'est un acte réfléchi, a-t-elle affirmé. Il a une espèce d'obsession contre nous et il n'est pas à sa première invective. Il a sans aucun doute fait des recherches et évoquer la colaphisation est encore une menace de mort. C'était mettre une gifle avec un gant de fer bardé de clous à la face d'un juif. C'était la gifle de la mort. Ce n'est pas acceptable. »
Les trois femmes présentes ce jour-là, dont deux sont catholiques et toutes bénévoles, ont rapporté leur peur d'un passage à l'acte, d'autant que l'homme serait passé à quatre reprises devant leur stand. « Béziers a toujours été une bulle de protection pour notre communauté, dans le passé lointain, mais aussi lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette bulle a éclaté. Nous continuerons nos actions, mais cela pose question », a confié la présidente.
Un parcours judiciaire déjà marqué par l'antisémitisme
À la barre, le prévenu, décrit comme calme lors de l'audience mais apparu comme une « furie » pendant la fête, a tenté de se défendre en affirmant avoir voulu engager une discussion avec les trois femmes, qui auraient refusé. « Je voulais parler de la colaphisation pendant le Moyen Âge, elles m'ont dit "dégage sale catholique dégénéré" », a-t-il déclaré, avant d'évoquer un complot contre sa personne et d'asséner des clichés antisémites, notamment que ces femmes « ne faisaient ça que pour de l'argent ».
Son passage en garde à vue, qui a duré près de 48 heures, a permis aux enquêteurs de consulter son téléphone et d'y découvrir des images antisémites en nombre et de toutes sortes. Le représentant du ministère public a également rappelé que l'homme avait déjà été condamné pour la publication d'un tweet à caractère antisémite. L'avocate de la défense a plaidé la relaxe, arguant de l'absence de preuve de la réitération des faits le 16 mai. Le tribunal n'a pas suivi cette argumentation et a prononcé une peine de dix mois de prison avec sursis, assortie d'une amende de 1 000 euros, en plus des 1 500 euros d'amende pour les invectives, et de l'indemnisation des trois victimes.



