Le tribunal administratif de Nice a suspendu, vendredi 7 août, l'arrêté pris par le maire de Mandelieu-La-Napoule (Alpes-Maritimes) interdisant le port du burkini sur les plages de la commune. Cette décision, rendue en référé, fait suite à un recours déposé par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le Comité contre l'islamophobie en France (CCIF). Le juge a estimé que l'arrêté portait une "atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de conscience" et à la liberté de se vêtir, rappelant que le maire ne peut restreindre ces libertés qu'en cas de troubles à l'ordre public avérés.
La mairie de Mandelieu avait justifié son arrêté, pris le 29 juillet, par des considérations de sécurité et de salubrité publiques, ainsi que par le respect des bonnes mœurs. Le maire, Sébastien Leroy, avait notamment évoqué des "incidents" sur les plages et la nécessité de préserver la tranquillité publique. Cependant, le tribunal a relevé qu'aucun trouble à l'ordre public n'avait été démontré, et que l'interdiction était disproportionnée.
Une décision qui fait jurisprudence
Cette suspension intervient dans un contexte de multiplication d'arrêtés similaires sur la Côte d'Azur, notamment à Cannes, Villeneuve-Loubet ou encore Sisco en Corse. La justice administrative avait déjà suspendu plusieurs de ces arrêtés, mais celui de Mandelieu est le premier à être examiné en référé cette année. Selon Me Jean-Michel Caroit, avocat de la LDH, "cette décision confirme que les maires ne peuvent pas utiliser la sécurité comme prétexte pour imposer des restrictions liberticides".
Le juge des référés a également condamné la commune à verser 1 500 euros à chacune des deux associations requérantes au titre des frais de justice. La mairie a annoncé qu'elle allait étudier la possibilité de faire appel, mais les associations espèrent que cette décision dissuadera d'autres communes de prendre des mesures similaires.
Une polémique qui dépasse le cadre local
Cette affaire relance le débat sur la laïcité et la place de la religion dans l'espace public. Le gouvernement, par la voix du Premier ministre Manuel Valls, avait soutenu les maires ayant pris de tels arrêtés, estimant que le burkini était "le symbole d'une vision de l'islam qui est contraire aux valeurs de la République". En revanche, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, avait rappelé que ces interdictions étaient "juridiquement fragiles" et qu'elles risquaient de stigmatiser une partie de la population.
Dans son ordonnance, le juge a souligné que "la liberté de se vêtir est une composante de la liberté personnelle", et que les restrictions ne peuvent être justifiées que par des risques de trouble à l'ordre public, ce qui n'était pas le cas en l'espèce. Cette position est conforme à la jurisprudence du Conseil d'État, qui avait déjà annulé des arrêtés similaires en 2016.
Réactions et perspectives
La décision a été saluée par les associations de défense des droits, mais aussi par certains élus locaux. Le maire de Mandelieu a exprimé sa déception, affirmant que son arrêté visait à "protéger les femmes" et à "faire respecter les valeurs de la République". Il a toutefois indiqué qu'il se conformerait à la décision de justice.
Cette affaire pourrait avoir des répercussions au niveau national. En effet, plusieurs communes ont déjà pris des arrêtés similaires, et la jurisprudence de Mandelieu pourrait servir de référence. Selon un sondage réalisé par l'Ifop en 2025, 64% des Français se disent favorables à l'interdiction du burkini sur les plages, mais les juristes rappellent que l'opinion publique ne fait pas le droit.
Le tribunal administratif de Nice doit maintenant statuer sur le fond de l'affaire, mais la suspension en référé est un signal fort. En attendant, les femmes pourront de nouveau porter le burkini sur les plages de Mandelieu, au grand soulagement des associations qui dénoncent une "instrumentalisation politique" de ce vêtement.



