Une contre-attaque d'une rare virulence face aux lourdes peines réclamées par le parquet. « La tête de Félix Bingui sur un pic ! : Voilà le message que la justice veut transmettre aux trafiquants de drogue », a lancé mercredi l'avocat du chef présumé du clan Yoda, dénonçant un « réquisitoire politique » qui transforme « la procédure pénale en peloton d'exécution ».
Des peines jugées excessives
« 16 ans pour un trafic de cannabis, est-ce bien sérieux ? », s'est interrogé Me Philippe Ohayon, pour qui « c'est une peine d'assises qui a été requise », une peine « équivalente à celle d'un violeur multirécidiviste » ou « de celui qui a tiré dans le dos d'une personne qui se retrouve handicapée à vie ». « C'est un réquisitoire politique qui a été prononcé, au nom d'une politique pénale », a-t-il estimé.
Lundi, le ministère public avait requis des peines allant jusqu'à 16 ans de prison à l'encontre de Félix Bingui et ses 19 coprévenus, jugés depuis le 18 mai devant le tribunal correctionnel de Marseille pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs ou blanchiment. Outre « Fé », alias « Le Chat », les peines les plus sévères ont été demandées contre Mohamed Hussein Saleh, considéré comme son « bras droit » (12 ans de prison), et Zine Eddine Belkai, « grand gérant » des points de vente du réseau, en fuite (10 ans). Le procureur a demandé que ces peines soient assorties d'une période de sûreté des deux tiers, et réclamé des amendes allant jusqu'à 500.000 euros pour Félix Bingui.
Des avocats unis dans la contestation
Pendant deux jours, les avocats ont dénoncé dans leurs plaidoiries des réquisitions « excessives », « disproportionnées » pour « un trafic de stups comme tant d'autres ». « Il y a un décalage total entre les réquisitions du ministère public, les fantasmes journalistiques et la réalité de ce dossier », a estimé mercredi l'avocat de Mohamed Hussein Saleh, Me Gaétan Poitevin, pour qui les réquisitions du parquet ne sont « rien d'autre qu'une élimination sociale ».
« Les services de police ont construit un dossier, pris des photographies sans légendes, alors, on annote, on force le trait. Mais d'un point de vue concret, factuel, il n'y a rien », a également tempêté Me Philippe Jacquemin, avocat d'un autre prévenu.
Des enquêteurs mis en cause
Pour Me Ohayon, « le but de la procédure n'était pas la manifestation de la vérité, mais de faire tomber Félix Bingui ». Il a par ailleurs rappelé, comme son confrère Poitevin, que les trois principaux enquêteurs dans le dossier étaient « mis en examen pour faux en écritures et pour des sonorisations illégales » dans un autre dossier. « Où est la conversation qui affirme que M. Bingui est le chef "incontestable" ou "incontesté" de la Paternelle ? Nous ne l'avons pas », a-t-il déploré.
« Félix Bingui est vu une fois à la Paternelle, et on en déduit qu'il vient superviser » ; « les enquêteurs évoquent un patrimoine immobilier à Dubaï, mais les Emirats n'ont toujours pas répondu » ; « On sait qu'ils jouent au poker et aux dés dans l'arrière-salle d'une épicerie, et un sac plastique donné devant l'épicerie devient la preuve, le sac plastique conspiratif ! »
Un délibéré attendu vendredi
Il a également regretté que le contenu des débats n'ait « pas été évoqué par le ministère public, comme si ses déclarations n'avaient servi à rien, comme si sa défense n'avait servi à rien, comme s'il faisait face à un mur de certitudes ». Rappelant que son client avait « bénéficié d'un non-lieu pour l'infraction la plus grave, celle d'importation en bande organisée », il a souligné que « l'objet de ce dossier, c'est de la vente au détail ». « La justice est de plus en plus sévère pour les trafiquants de cannabis dans un pays où 130 personnes par jour meurent de la cigarette, 140 meurent de l'alcool ».
« Vous pouvez porter sa tête sur un pic ! Voilà le sort que l'on réserve aux trafiquants de drogue ! Voilà le message de la justice aux trafiquants de drogue ! », a-t-il déclaré, estimant que « sur Marseille, il y a de vrais sujets » mais, « en France, nous parlons plus de trafic de drogue que d'éducation ». Le délibéré est attendu vendredi à 16 heures.



