Beyrouth : six ans après, les familles attendent toujours justice
Beyrouth : six ans après, les familles attendent toujours justice

Le Liban commémorait ce mardi 4 août le sixième anniversaire de l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth, qui a coûté la vie à plus de 200 personnes et en a blessé 6 500 autres. Alors que les proches des victimes et l'opinion publique libanaise espèrent toujours voir la justice aboutir, le dossier judiciaire, longtemps paralysé par les ingérences politiques, connaît enfin des avancées timides.

Un rapport d'instruction qui accuse 70 personnes

Le juge Tarek Bitar, chargé de l'enquête, a remis son rapport d'instruction au parquet fin mars 2026. Selon un haut responsable judiciaire libanais ayant requis l'anonymat, ce rapport comporte des accusations visant 70 personnes pour diverses infractions liées à l'explosion. La source n'a pas fourni plus de détails afin de préserver le processus judiciaire. Après la réponse du parquet, le juge Bitar préparera un acte d'accusation public, ce qui ouvrira la procédure de jugement.

Cette évolution fait suite à l'arrivée au pouvoir du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam début 2025, qui avaient promis que les responsabilités seraient établies. Le juge Bitar a ainsi pu reprendre son enquête, après des années de blocage.

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Des familles toujours dans l'attente

Malgré ces progrès, les familles des victimes restent marquées par l'absence de justice. Paul Naggear, dont la fille Alexandra, âgée de trois ans, est morte dans l'explosion, a exprimé son amertume : « Dans des pays normaux, nous en aurions fini depuis longtemps et nous serions passés à une autre étape de nos vies, avec le droit de faire notre deuil. Tant qu'il n'y a pas de justice, la vie de Lexou n'a aucune valeur. »

L'État et la justice mobilisés

Le ministre libanais de la Justice, Adel Nassar, a déposé une gerbe sur le mémorial du port ce mardi matin. Il a affirmé : « L'État et la justice permettent à ce dossier d'aller jusqu'au bout. C'est une nécessité pour les proches des victimes, pour les victimes elles-mêmes, pour toutes les personnes touchées et pour le peuple libanais. » Il a ajouté : « Nous ne pouvons pas dire qu'il existe une justice au Liban si nous restons silencieux face à une catastrophe aussi majeure que l'explosion du port de Beyrouth. »

Le 4 août 2020, des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans le port ont explosé, détruisant de vastes quartiers de la capitale libanaise. L'enquête, qui cherche à déterminer l'origine de la présence de ces produits et à établir d'éventuelles négligences, a été entravée par des recours de responsables judiciaires et d'anciens ministres contre les juges.

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