À l'approche du dixième anniversaire de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, près de quarante victimes et familles de disparus signent une tribune virulente contre le Théâtre national de Nice (TNN). Ils lui reprochent d'avoir écarté la pièce « Prom_14 », portée par un père endeuillé, au profit d'une lecture chorale jugée éthiquement contestable et trop axée sur une « résilience » institutionnelle.
Un projet mémoriel écarté
Le 20 juin, le TNN propose la lecture « En attendant le futur », basée sur les notes d'audience d'une avocate de parties civiles lors du procès terroriste. Cette initiative télescope la programmation de « Prom_14 », pièce construite à partir des chroniques de l'écrivain Thierry Vimal, père d'Amie, 12 ans, assassinée sur la promenade des Anglais. « Prom_14 » se jouera à La Semeuse les 25 et 26 juin. Les signataires regrettent amèrement que, lorsque ce travail existait déjà, porté par l'une des victimes les plus directement touchées, il n'ait suscité ni curiosité ni accompagnement de la part du TNN. Ils ironisent : « Nous nous réjouissons de cette conversion tardive. Il fallait simplement attendre que les paroles deviennent institutionnellement audibles ».
Questions éthiques et juridiques
La tribune soulève des interrogations morales et juridiques. Peut-on utiliser des témoignages livrés à la cour d'assises sans garde-fou sur une scène de théâtre ? Les dépositions lues ont-elles fait l'objet d'une autorisation explicite ? Les victimes ou leurs familles ont-elles été consultées ? Les associations de victimes ont-elles été associées à la réflexion ? Le collectif s'interroge : « Est-ce bien la place d'un avocat de se retrouver sur une scène de théâtre, pendant un festival, en rapportant des paroles de clients/victimes ? »
Une résilience imposée
Les familles refusent le prêt-à-penser de la résilience. « Mais qu'en savent-ils exactement, les avocats ? Qui a décidé que ce procès racontait la résilience de l'humanité ? Toutes les victimes sont-elles résilientes ? », enragent-elles. Elles réclament leur droit à la douleur brute, à la colère, au traumatisme non résolu. Elles exigent qu'on leur laisse leur histoire, si épouvantable soit-elle, et refusent qu'on transforme leur tragédie en « récit acceptable et politiquement correct ». Pour elles, le procès n'a pas été une thérapie collective parfaite, mais le miroir de souffrances irréparables. « Parler de résilience à la place des victimes est déjà une audace. Parler de la résilience de l'humanité à partir de leurs témoignages relève d'une généralisation dont beaucoup ne se reconnaîtront pas », bombardent-elles. Elles aimeraient qu'enfin on écoute « les victimes avant de raconter à leur place ce qu'elles sont censées avoir appris ».



