Entre le 30 et le 31 juillet derniers, au moins 72.000 personnes sont parvenues à rejoindre illégalement l’enclave espagnole de Ceuta. Ce mouvement a été provoqué par une rumeur partagée en masse sur les réseaux sociaux. Désormais, un nouvel appel à la traversée s’est propagé en ligne pour ce samedi 15 août, et des indices laissent penser qu’il s’agit d’une campagne d’astroturfing.
Un appel relayé par des profils suspects
Certains posts relayant cet appel renvoient vers des groupes de discussion destinés à s’organiser pour la traversée. Comme relevé par nos confrères de Libération, des fausses informations y circulent. Sur Instagram, plusieurs comptes actifs sur le sujet semblent douteux et apparaissent comme étant factices. Il s’agit de profils anonymes créés récemment, en juillet 2026 pour la plupart, avec le drapeau de l’Espagne comme photo de profil. Leurs publications, likées des centaines voire des milliers de fois, évoquent exclusivement cet appel à la traversée.
L’astroturfing, une technique de manipulation de l’opinion
L’astroturfing est une technique visant à manipuler l’opinion. Cela consiste à « faire circuler un message via des profils qui se font passer pour des vraies personnes. L’idée, c’est de pousser l’information de façon cachée », résume Guillaume Sylvestre, intervenant à l’École de guerre économique et à l’université d’Angers, expert dans l’analyse des réseaux sociaux. Cela donne l’impression qu’il s’agit d’un mouvement citoyen, alors qu’en réalité, un autre acteur est à la manœuvre. Ce dernier, que Guillaume Sylvestre appelle « le commanditaire », est compliqué à identifier. « Une opération où vous arrivez à remonter [jusqu’au] commanditaire, ça existe. Mais ça veut dire que c’est très mal fait. »
Dans le cas des profils identifiés concernant l’appel à la traversée pour ce 15 août, le ou les instigateurs sont inconnus. Dans un document interne de la Guardia Civil, révélé par la télévision publique espagnole RTVE, il est indiqué que le ou les instigateurs de cet « appel numérique » n’ont pas pu être identifiés.
Les entreprises, premières victimes et acteurs
D’une manière plus générale, ce sont souvent des entreprises qui se trouvent « derrière ces opérations », assure Guillaume Sylvestre. « Les premières victimes et les premiers acteurs [d’une opération d’astroturfing], ce sont les entreprises », complète-t-il. « Elles vont s’en servir pour attaquer les concurrents, pour peut-être déstabiliser des acteurs qui leur posent problème, […] pour affaiblir des concurrents et récupérer des marchés. » Il poursuit : « Typiquement, les entreprises qui vont être les plus ciblées sont celles qui, en général, vont avoir des difficultés : des mauvais résultats financiers, une problématique de management… » À noter que des vraies comme des fausses informations peuvent être utilisées.
Au micro de France Inter, Fabrice Frossard, lui aussi intervenant à l’École de guerre économique, donnait un autre exemple d’astroturfing : les avis des consommateurs. Certains de ces avis sont faux et se font en faveur ou au détriment d’un produit ou d’un service. Cette pratique illustre l’ampleur du phénomène, qui touche aussi bien les sphères politiques que commerciales.



