Le tribunal correctionnel de Nîmes a jugé ce vendredi 7 août un arbitre de Ligue 1 pour deux épisodes de violences conjugales présumées sur son ex-compagne, une avocate inscrite au barreau de Nîmes. La décision, mise en délibéré, sera rendue le 19 août prochain. Le parquet a requis 18 mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, assortis d'une exécution provisoire.
Des débats houleux sur les faits
L'audience s'est ouverte avec une remarque du président Jérôme Reynes : « Pour que l'abcès soit crevé dès le départ, vous avez rarement, voire jamais, plaidé au sein de ce tribunal. » La victime, spécialisée en droit du travail, n'a pas souhaité la délocalisation de l'affaire. Les débats ont porté sur deux incidents survenus les 13 mars et 13 mai 2026. La plaignante affirme avoir été « agrippée par les cheveux et les bras », « saisie par le cou » et « propulsée contre un mur ». Trois jours d'ITT lui ont été délivrés après les derniers faits.
Le prévenu, lui, livre une version différente. Il assure avoir simplement « enlacé pour tenter de la maintenir » ou « prise par la main ». Il indique avoir également obtenu une ITT de huit jours. Depuis le début de leur relation en février 2023, il se présente comme la véritable victime, évoquant une légitime défense : « J'ai banalisé le fait de prendre des coups. » Ces déclarations ont suscité des réactions dans la salle.
Une vidéo de la Tesla au cœur des débats
En guise de preuve, l'arbitre a évoqué une scène filmée par sa Tesla. Les images montrent son ex-compagne lui donnant deux ou trois gifles, gestes qu'elle reconnaît. Mais elle nuance : « Je regrette que l'on ne voie pas la scène en entier », assurant que juste après, il l'a agrippée par les cheveux et traînée jusqu'à l'entrée de sa maison avant de l'enfermer. Des proches de la victime ont corroboré ses dires, affirmant l'avoir récupérée à plusieurs reprises avec des bleus sur le corps.
Le président a interrogé la victime sur l'absence de plainte plus précoce. Elle a évoqué une emprise et reconnu avoir « cru en ses promesses ». Les avocats de la partie civile, Mes Olivier Morice et Pierre-François Giudicelli, qualifient le prévenu de « manipulateur », évoquant une précédente plainte d'une ancienne « amourette » pour des faits similaires. La défense rétorque qu'il n'y a eu « aucune audition, aucune garde à vue et aucune procédure pénale ».
La profession du prévenu au centre des débats
Après plusieurs heures d'audience, les débats se sont concentrés sur la profession du prévenu. Selon lui, sa compagne a déposé plainte pour « ruiner ma carrière ». Me Giudicelli réplique : « Mais si elle avait voulu lui nuire, elle aurait déposé plainte depuis bien longtemps. Et elle n'aurait pas supprimé les messages, alors que ça aurait pu appuyer sa version. » Il interpelle l'arbitre : « Qu'est-ce qui est le plus dur pour vous : être accusé de violences conjugales ou de perdre votre carrière ? » Le prévenu répond que les deux sont « intimement liés » : « Je ne mérite pas ce que je suis en train de vivre. Il y a une telle dissonance entre ce que j'ai vécu et ce pour quoi je suis là aujourd'hui. Et par ricochet, mes vingt-cinq ans de carrière peuvent s'envoler en un claquement de doigts. »
Les réquisitions du parquet
La procureure a requis 18 mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, avec exécution provisoire. Elle a également demandé un stage de sensibilisation pour les auteurs de violences conjugales et une interdiction de contact avec la victime. Me Morice a insisté sur la nécessité d'une exécution provisoire : « Sinon il n'y aura pas de portée. Il faut que le stop soit immédiat. »
La défense, menée par Me Bruno Rebstock, a plaidé la relaxe, estimant que les faits étaient insuffisamment établis. Me Eric Borghini, ancien président des arbitres de football, a souligné le parcours « exemplaire » du prévenu, marqué par des sacrifices. Il a évoqué une « femme jalouse » et demandé, à défaut de relaxe, que la condamnation n'apparaisse pas au casier judiciaire, « sinon il est radié ».
La décision a été mise en délibéré et sera rendue le 19 août prochain.



