Le 15 juillet 1987, le corps sans vie de Sabine Dumont, 8 ans, était découvert dans un bois près de son domicile à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, dans le Var. Violée et étranglée, l'enfant avait disparu la veille alors qu'elle jouait près de chez elle. Pendant près de 38 ans, l'enquête est restée au point mort, faute de preuves exploitables. Mais les progrès de la génétique ont permis de relancer les investigations.
Un lien ADN avec deux autres meurtres
En 2023, les experts de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) ont procédé à de nouvelles analyses sur les scellés de l'affaire. Ils ont extrait un profil génétique partiel à partir de traces de sperme prélevées sur les vêtements de la fillette. Ce profil a été comparé aux fichiers nationaux et a révélé une correspondance avec deux autres affaires non élucidées : le meurtre de Karine L., 10 ans, en 1988 à Draguignan, et celui de Nathalie B., 9 ans, en 1990 à Fréjus. Les trois fillettes ont été victimes du même mode opératoire : enlèvement, viol et strangulation.
Le procureur de la République de Draguignan, Jean-Philippe Rivière, a confirmé l'information : "Les analyses ADN démontrent que le même individu est impliqué dans ces trois crimes. Nous sommes donc face à un possible tueur en série qui a sévi dans le Var à la fin des années 1980."
Un suspect identifié mais décédé
Grâce à la technique de l'ADN de parentèle, les enquêteurs ont remonté une piste. En croisant les profils génétiques avec les arbres généalogiques, ils ont identifié un homme, aujourd'hui décédé, comme étant l'auteur présumé. Il s'agit de Michel D., un ancien militaire de 72 ans, mort en 2019 d'un cancer. Il résidait dans la région à l'époque des faits et avait déjà été condamné pour des agressions sexuelles sur mineurs dans les années 1990.
Les gendarmes ont perquisitionné son domicile et retrouvé des objets ayant appartenu aux victimes, notamment un collier de Sabine Dumont. "Nous avons des éléments matériels et génétiques qui accréditent fortement la thèse de sa culpabilité", a déclaré le colonel Éric Garrel, commandant de la section de recherches de Marseille.
Une affaire relancée par la génétique
Cette avancée majeure a été rendue possible par la technique de l'ADN de parentèle, qui permet de trouver des parents éloignés d'un suspect inconnu dans les bases de données. Utilisée avec succès dans l'affaire du tueur en série "Golden State Killer" aux États-Unis, elle a été employée pour la première fois en France dans une affaire criminelle.
"C'est une enquête exemplaire qui montre comment la science peut venir au secours de la justice", a salué Me Sophie B., avocate de la famille Dumont. "Ma cliente a attendu près de 40 ans pour savoir qui a tué sa fille. Aujourd'hui, elle a un nom, même si le suspect est mort."
Un possible tueur en série dans le Var
Les enquêteurs cherchent désormais à savoir si Michel D. pourrait être impliqué dans d'autres affaires non résolues de disparitions ou de meurtres d'enfants dans le Sud-Est de la France. "Nous allons examiner les dossiers similaires sur la période 1980-2000", a indiqué le procureur Rivière. Une cellule d'enquête spéciale a été mise en place pour recenser les cas potentiels.
L'affaire Sabine Dumont, qui avait marqué les esprits par sa violence, connaît donc un rebondissement inattendu. La justice espère ainsi apporter des réponses aux familles des autres victimes présumées.



